Suspecter le diagnostic de SAOS avec une épreuve d’effort

Chez les patients atteints d’un syndrome d’apnées obstructives (SAOS), la performance cardiorespiratoire à l’effort a tout lieu d’être altérée, davantage en raison des comorbidités fréquemment associées que de la maladie en elle-même. De ce fait, il est concevable de définir un profil plus ou moins spécifique du SAOS à partir des données recueillies au cours d’un test d’effort, comparativement à une population témoin, en recourant, sur le plan statistique, à une analyse discriminante basée sur les paramètres les plus signifiants.

C’est la démarche adoptée dans le cadre d’une étude de type cas-témoins intracohorte dans laquelle ont été inclus 30 patients de sexe masculin atteints d’un SAOS modéré ou sévère, diagnostiqué à partir d’un enregistrement polysomnographique, et 24 témoins appariés selon l’âge.

Tous les participants ont bénéficié d’épreuves fonctionnelles respiratoires au repos – incluant la pression pulsée en O2 (SpO2repos) - et ont accompli un test d’effort maximal ou limité par les symptômes avec mesure systématique de la VO2max. Les deux groupes ont été comparés à tous les stades du bilan et les différences intergroupes ont été interprétées à la lueur d’une analyse discriminante linéaire, l’objectif étant d’identifier des variables capables de mener au diagnostic positif de SAOS.

Cinq variables discriminantes

Les deux groupes étaient comparables sur le plan démographique et somatométrique. Mais les patients se distinguaient des témoins pour les variables suivantes : (1) volume de réserve expiratoire en % fonction de la valeur prédite (VREpré), soit 106,7 ± 28,3 versus 123,9 ± 22,1, p < 0,001) ; (2) fatigue des membres inférieurs sur l’échelle de perception de Borg, soit 3,9 ± 1,1 vs 6,1 ± 1,4, p < 0,001 ; (3) VO2max soit 25,0 ± 5,9 vs 32,9 ± 7,2 ml/kg-1/min-1,p < 0,001) ; (4) fréquence respiratoire maximale, soit 31,0 ± 5,8 vs 35,5 ± 7,3 1/min-1, p < 0,001) ; (5) fréquence cardiaque maximale (FCmax), soit 151,1 ± 17,7 vs 171,2 ± 12,6 bpm, p < 0,001) ;(6) concentration maximale en CO2 en fin d’expiration(PExpCO2max), soit 38,6 ± 4,2 vs 35,0 ± 4,9 mmHg, p = 0,043) ; (6) pression artérielle systolique maximale (PASmax), soit 188,3 ± 21,9 vs 173,1 ± 17,9 mmHg, p = 0,009) ; (7) PADmax, soit 91,3 ± 8,2 vs 85,4 ± 8,2 mmHg, p = 0,011).

L’analyse discriminante linéaire a révélé que les variables suivantes permettaient de distinguer les deux groupes avec une exactitude globale prédictive de 96,3 %, indépendamment de toute les autres: VRE pré  (0,372), PExpCO2max(-0,376), SpO2repos (0,0667), fatigue des membres inférieurs (0,564), FCmax (0,530) et PADmax (-0,543).

Cette sélection de variables repérées grâce à l’analyse discriminante permettrait d’évoquer le diagnostic de SAOS modéré ou sévère. Il convient désormais de valider cette hypothèse de manière prospective sur des populations non sélectionnées. L’épreuve d’effort avec mesure de la VO2max et l’estimation de la SpO2repos est-elle suffisante pour identifier un SAOS ? La réponse mérite d’être précisée…

Dr Philippe Tellier

Référence
Stavrou V et coll. : The use of cardiopulmonary exercise testing in identifying the presence of obstructive sleep apnea syndrome in patients with compatible symptomatology. Respir Physiol Neurobiol., 2019 ; 262: 26-31. doi:

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article