Tablettes et smartphones perturbent le sommeil des petits enfants

Plusieurs études ont décelé un lien entre carence en sommeil et perturbations psychologiques chez les enfants. Des associations significatives ont été constatées entre les troubles du sommeil et le TDAH (trouble de déficit de l’attention/ hyperactivité), les comportements impulsifs, l’anxiété et la dépression et les échecs scolaires. En dépit de l’importance du sommeil, ces troubles sont communs en pédiatrie favorisés par les ordinateurs, la télévision et les jeux vidéo. Les écrans digitaux, tablettes et smartphones, peuvent maintenant passer entre toutes les mains même celles des enfants de un à deux ans.

Une étude a été conduite en Italie auprès d’un échantillon représentatif de 167 pédiatres communautaires exerçant dans 11 régions couvrant 70 % de la population. Des questionnaires anonymes ont été distribués aux parents amenant leur enfant de 12 à 23 mois pour une consultation programmée. Les patients avec une pathologie chronique ou un traitement interférant avec le sommeil ont été exclus. Sur 1 400 formulaires, 1 117 ont été récoltés (80 %). Les questions portaient sur les données démographiques (composition de la famille, niveau d’éducation des parents), l’alimentation, la fréquentation d’une crèche. Les renseignements sur le sommeil concernaient le temps total, de jour comme de nuit, et la latence avant l’endormissement, les habitudes de l’enfant avant le sommeil : lecture d’un livre, d’un conte de fées, usage de la télévision, dessins animés et de tablettes et smartphones. Les réponses étaient graduées : jamais, 1 à 3 fois par mois = rarement, 1 à 2 fois par semaine = parfois, 3 à 5 fois par semaine = souvent, chaque jour = toujours. Deux questions complétaient l’enquête sur l’agitation et sur la sociabilité avec les autres enfants.

Une sommeil plus court et un délai d’endormissement plus long

Sur les 1 117 enfants, 573 (51,3 %) étaient des garçons, 544 (48,7 %) des filles. Au total, 17,8 % d’entre eux étaient devant tablettes et smartphones parfois, 12,1 % souvent, 6,8 % tous les jours. Le temps moyen de sommeil total était de 11,81 ± 1,03 h, la nuit de 9,97 ± 0,99 h et le jour de 1,87 ± 0,55 h ; le temps moyen de latence avant l’endormissement était de 28,8 ± 15,6 min.

En analyse bi-variée, les facteurs concernant l’entourage familial et le style de vie négativement associés avec le temps total de sommeil étaient la fréquentation d’une crèche (P < 0,001), l’hyperactivité (P = 0,049) et l’endormissement avec les parents (P = 0,005) ; les facteurs associés avec une latence avant le sommeil étaient l’existence d’une fratrie (P = 0,002), l’endormissement avec les parents (P < 0,001) et les jeux vidéo (P=0,005). En analyse par régression à variables multiples, l’utilisation de tablettes et smartphones aggravait le risque de raccourcissement du temps de sommeil (Odds ratio OR 1,95 intervalle de confiance à 95 % IC 1,00-3,79, P < 0,05) ; leur usage fréquent (3-5 fois /semaine) augmentait le temps d’endormissement (OR 2,00, IC 1,24-3,22, P < 0,05) et davantage encore leur utilisation quotidienne (OR 2,44, IC 1,26-3,22 P<0,05), de façon indépendante des autres facteurs.

En conclusion, l’usage des écrans tactiles est associé chez les enfants de un à deux ans à un raccourcissement du temps de sommeil et du temps d’endormissement, indépendamment des autres facteurs de confusion.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Chindamo S et coll. : Sleep and new media usage in toddlers. Eur J Pediatr., 2019; 178: 483-490.

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Vos réactions (1)

  • Etudier les enfants de 4 à 7 ans

    Le 25 avril 2019

    Les enfants de un à deux ans, donc les nourrissons, n’ont pas attendu l’ére des tablettes vidéos, des smartphones, pour avoir des problèmes de sommeil, d’endormissement difficile, de réveil nocturne, qui sont souvent liés à une prise en charge défectueuse des parents, qui se lèvent au moindre cri et conditionnent de ce fait l’enfant dont les troubles du sommeil, principalement les réveils nocturnes vont se pérenniser.

    Tout cela pour dire qu’il existe de multiples facteurs de l’insomnie du nourrisson, dont l’angoisse de séparation pour m’étonner qu’une telle étude ait concerné cette tranche d’âge, ne prenant en compte que la latence d’endormissement et le temps total de sommeil sans considérer le problème des réveils nocturnes qui à cet âge peuvent être multiples et épuisants... pour les parents bien sûr.
    Une tranche d’âge plus adaptée considérant le risque de TDAH et le facteur sommeil devrait étudier les enfants de 4 à 7 ans qui recouvrent la fin de scolarité maternelle et le début du primaire, c’est là où le bât blesse et que les troubles souvent s’organisent.

    Dr Hervé Isnard

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