Tondre la pelouse : un sport à haut risque

En cette fin d’été et d’exubérance de nos pelouses, une étude américaine nous coupe l’herbe sous les pieds, en répondant à vos questions sur la dangerosité de ce sport rébarbatif et en apparence anodin qui consiste à couper, par un beau dimanche matin, les brins d’herbes en quatre et à parfois se retrouver, sans avoir compris comment, aux Urgences du coin, en compagnie d’autres fous du guidon. Les données de cette analyse rétrospective qui a porté sur tous les âges, ont été obtenues à partir du National Electronic Injury Surveillance System (NEISS) de la Consumer Product Safety Commission des États-Unis pour les années 2005-2015.

Quelles sont les dernières nouveautés épidémiologiques en la matière ?

Les tondeurs, mais aussi les supporters

L'entretien des pelouses et des jardins est pratiqué par 9,8 % des Américains (12,1 % d’hommes et 7,7 % de femmes). Les tondeuses à gazon présentent un risque particulier en raison de leurs moteurs puissants et de leurs lames qui se déplacent rapidement. Cependant, la nature banale et badine de cette activité peut amener les pratiquants à sous-estimer la menace des tondeuses à gazon, menace qui inclut également les spectateurs qui peuvent être blessés par des débris volants (qui peuvent atteindre la vitesse d’une balle de fusil !).

De 2005 à 2015, il y a eu 934 394 blessures à la tondeuse à gazon traitées dans les services d’urgences des États-Unis, soit une moyenne de 84 944 blessures par an. Sans grande surprise, mai est le mois le plus dangereux (fais ce qu’il te plaît ?) et février le moins dangereux  La lacération était la blessure la plus fréquente (23,1 %), suivie de l'entorse (18,8 %) et de la lésion des tissus mous (14,8 %), des brûlures (3,2 %) et des amputations (2,9 %), sans oublier les piqûres d'insectes (1,9 %) et les commotions cérébrales (0,4 %). La main/doigt était la partie du corps la plus souvent blessée (22,3 %), suivie de l'extrémité inférieure (16,2 %) et du tronc inférieur (13,8 %). La tête et le cou étaient les moins souvent atteints (5,4 %). Parmi les patients ayant subi des lésions à la main, les lacérations, les fractures et les amputations étaient les blessures les plus courantes. Ont tout de même été dénombrés 2 435 morts (0,3 %) : patients décédés à l'arrivée des secours ou décédés au service des Urgences, mais sans inclure les décès survenus dans les services d’aval. Une mauvaise condition cardiovasculaire de ces sportifs de l’extrême et du dimanche a été jugée responsable de 2,1 % des admissions avec le motif d’admission « douleur thoracique » chez des sujets plus tout à fait verts.

Alerte aux quadragénaires peu alertes

L'âge moyen des personnes concernées était de 46,5 ans et les hommes ont été plus de trois fois plus blessés que les femmes. Les enfants plus jeunes (0-4 ans) ont été les plus exposés, ainsi que ceux âgés de plus de 12 ans avec un nombre de blessures augmentant avec l'âge jusqu'aux (alertes) quadragénaires. Dans cette Amérique-là, la suprématie est fortement blanche : les Blancs sont le groupe le plus touché (65,3 %), suivis des Noirs (6,2 %) et des Asiatiques (0,2 %). Pour autant, n’y voyez pas que des facteurs génétiques ! Enfin, 90,5 % des blessés ont pu repartir se mettre au vert (voire continuer à fumer de l’herbe) à leur domicile sans être hospitalisés, alors que 8,5 % ont du l’être.

Et les auteurs d’en appeler à la mise en place de mesures préventives (retirer les débris susceptibles d’être projetés et les supporters autour du sportif en action, cesser de vouloir en mettre plein la vue en protégeant les yeux, faire une épreuve d’effort cardiovasculaire...), car l’incidence de ces accidents n’a guère molli guère au fil des dix années de l’étude.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Harris C. et coll.: Lawn mower injuries presenting to the emergency department: 2005 to 2015. Am J Emerg Med., 2018 Sep;36(9):1565-1569. doi: 10.1016/j.ajem.2018.01.031.

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