Tourisme des cellules souches : parfois l’enfer au bout du voyage…

L'utilisation de cellules souches constitue, on le sait, une voie de recherche particulièrement prometteuse pour de nombreuses pathologies graves pour lesquelles il n'existe pas actuellement de solution thérapeutique satisfaisante.

Espoir de guérison pour beaucoup de patients, notamment atteints de maladies neurologiques, les cellules souches sont également un espoir de gains faciles pour une myriade de cliniques qui se sont spécialisées dans l'injection sans contrôle de ce type de cellules. Ces établissements, situés pour la plupart dans des pays ne disposant pas d'un système de régulation efficace de l'offre de soins, proposent, en s'appuyant sur des sites internet publicitaires, l'administration de divers types de cellules souches (provenant par exemple du bulbe olfactif, du sang de cordon, d'embryons ou de fœtus...) par des voies très variées (transplantation neurochirurgicale, injection intra-veineuse, intra-thécale ...).

Ce commerce qui a précédé l'évaluation scientifique de l'efficacité et de la sécurité des différents protocoles thérapeutiques envisageables a entraîné l'émergence d'un véritable tourisme des cellules souches qui conduit des patients fortunés et se sentant abandonnés à se rendre dans ces cliniques.

Un périple passant par la Chine, l'Argentine et le Mexique

Le New England Journal of Medicine rapporte en ligne ce 22 juin, le cas dramatique d'un de ces malades s'étant laissé prendre par ces promesses de guérison. 

Ce patient âgé de 66 ans, souffrant de séquelles d'un accident vasculaire cérébral ischémique avait fréquenté des cliniques spécialisées en Chine, en Argentine et au Mexique. Il lui avait été injecté dans le liquide céphalo-rachidien des cellules souches sensées provenir d'embryons et de système nerveux fœtal.

Après ces injections sont apparues progressivement des douleurs lombaires, une paraplégie et une incontinence urinaire. Le bilan pratiqué au célèbre Brigham and Women's Hospital de Boston a permis de mettre en évidence à l'IRM une masse intra-durale au niveau de la moelle thoracique. La biopsie de cette lésion a montré une prolifération néoplasique avec différentiation gliale. Des investigations supplémentaires diligentées en raison du contexte d'injections de cellules étrangères ont permis de déterminer que ces cellules ne portaient pas l'ADN du patient et qu'elles n'exprimaient aucun des 309 gènes connus pour être associés au développement de cancers. Il s'agissait donc d'une néoplasie inclassable avec les moyens actuels probablement développée à partir de ces cellules étrangères.  

Le traitement entrepris (en dehors bien sûr de toute evidence based medicine !) a été une radiothérapie. Celle-ci a permis une diminution des douleurs lombaires, une amélioration de la motricité et une réduction de la masse tumorale à l'IRM sans que l'on puisse augurer de l'avenir. 

Cette observation vient confirmer les risques majeurs qui peuvent être liés à l'introduction de cellules souches dans l'organisme. Risques liés notamment à la prolifération de ces cellules embryonnaires et donc à l'émergence rapide de mutations pouvant favoriser une transformation maligne.

Au delà de ces dangers individuels qu'il convient de dénoncer, le tourisme des cellules souches pourrait contribuer à discréditer les travaux sérieux portant sur cette voie thérapeutique pleine d'espoir conduits dans de nombreux centres dans le monde en suivant les règles de contrôle et de prudence universellement admises de la recherche clinique.

Dr Anastasia Roublev

Références
Berkowitz AL et coll. : Glioproliferative lesion of the spinal cord as a complication of "stem-cell tourism". N Engl J Med 2016; publication avancée en ligne le 22 juin (DOI: 10.1056/NEJMc1600188).
Bowman M et coll.: Responsibilities of Health Care Professionals in Counseling and Educating Patients With Incurable Neurological Diseases Regarding "Stem Cell Tourism": Caveat Emptor. JAMA Neurol. 2015 72:1342-5.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article