Trop de cholestérol, tumeur…

Actuellement, la prévention des cancers cible plutôt les facteurs de risque liés au mode de vie, ne considérant pas les pathologies chroniques non cancéreuses comme des facteurs modifiables avérés. Le diabète a pourtant souvent été associé à une augmentation modeste du risque de cancer. C’est le cas aussi de l’insuffisance rénale chronique ou de certains marqueurs de pathologies cardiovasculaires (pression artérielle, taux de cholestérol, etc.). Les pathologies chroniques étant souvent associées entre elles, une équipe taïwanaise a eu l’idée d’évaluer le lien entre les pathologies chroniques les plus fréquentes et leurs principaux marqueurs et le risque de cancer.

Une étude de cohorte a été réalisée sur le mode prospectif, incluant plus de 405 mille participants suivis pendant près de 9 ans. Cinq pathologies chroniques et leurs marqueurs, parmi les plus répandues dans le monde ont été choisies : pression artérielle, rythme cardiaque et cholestérol total pour les maladies cardiovasculaires, diabète, protéinurie et taux de filtration glomérulaire pour l’insuffisance rénale chronique, pathologie pulmonaire chronique, taux d’uricémie pour la goutte.

Un nouveau cancer sur 5 en relation avec des pathologies chroniques ?

Tous, sauf la pression artérielle et les pathologies pulmonaires chroniques, sont associés à une augmentation statistiquement significative du risque de survenue d’un cancer, augmentation allant de 7 % pour une uricémie élevée, à 44 % pour un cholestérol total élevé. Tous sont associés aussi à un risque majoré de décès par cancer, selon une augmentation allant de 12 % pour un taux de filtration glomérulaire abaissé, à 70 % pour la présence d’une protéinurie. L’ensemble des 8 facteurs retenus donne un score associé positivement au risque de survenue d’un cancer, selon une association effet-dose, avec le score le plus élevé associé à un doublement du risque de cancer et à un risque de décès par cancer quadruplé.

Selon les auteurs, plus d’un nouveau cancer sur 5 et plus d’un tiers des décès par cancer pourraient être attribués à ces 8 facteurs retenus et le score le plus élevé se traduirait par une réduction de 13,3 ans de l’espérance de vie chez les hommes et 15,9 ans chez les femmes. Les cancers les plus concernés sont ceux du foie, de la vessie, du rein, des voies aériennes supérieures et de l’estomac. Un espoir cependant : la pratique d’une activité sportive réduit de 40 % le risque de cancer lié à une pathologie chronique.

Si l’on ne peut pas exclure la présence de facteurs confondants ni affirmer un lien indiscutable de cause à effet, cette étude pose toutefois la question de l’intérêt d’inclure ces pathologies chroniques et certains de leurs marqueurs dans les stratégies de prévention des cancers.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Tu H et coll. : Cancer risk associated with chronic diseases and disease markers: prospective cohort study BMJ 2018; 360: k134

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Vos réactions (1)

  • Relations de cause à effets en cancérologie

    Le 12 février 2018

    Je me méfie des statistiques qui ne veulent rien dire. le risque de cancer augmente avec l'âge, le taux de cholestérol aussi, les maladies cardiovasculaires aussi. Dire que 44% des patients hypercholestérolémiques feront un cancer est aussi absurde, que de dire 100% des plus de 90 ans ont plus de chance de mourir que des jeunes de 20 ans.
    Quand donc les médecins sauront-ils ce qu'est une statistique ! publier pour publier ne fait pas avancer la science!

    Dr Paul Luporsi

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