Un bond dans les prescriptions d’examens complémentaires… au Royaume-Uni

La France n’est pas le seul pays à avoir des difficultés à boucler les comptes de ses organismes d’assurance-maladie. C’est le cas aussi pour le Royaume-Uni où les dépenses de la NHS (National Health Service) ont augmenté de 80 % depuis 2003. Les examens complémentaires constituent une part importante de ces dépenses. Plus de 70 % des décisions cliniques seraient en effet influencées par les résultats d’examens complémentaires. Une partie d’entre eux (45 %) sont demandés par les médecins généralistes. C’est pourquoi il était intéressant de connaître l’évolution au fil du temps des prescriptions d’examens complémentaires par ces derniers et d’identifier les tests pour lesquels les demandes ont le plus augmenté.

Le British Medical Journal publie les résultats d’une étude rétrospective de cohorte réalisée entre 2000 et 2016 sur la patientèle de médecins généralistes. Au total 44 examens complémentaires spécifiques étaient répertoriés (28 examens de laboratoire, 11 d’imagerie, 5 divers), parmi les plus prescrits et mentionnés dans les recommandations. Près de 263 millions d’examens on été analysés, pour 71 millions de personne-années de suivi.

Les prescriptions d’explorations augmentent en effet au fil du temps, même après ajustement pour l’augmentation de la population, passant de 14 869 tests pour 10 000 personne-années en 2000/01 à 49 267 en 2015/16, soit un total multiplié par 3,3. Alors qu’en 2000/01 chaque patient bénéficie en moyenne de 1,5 examen complémentaire par an, 5 examens sont prescrits en moyenne à chacun en 2025/16. Cette augmentation est sensiblement la même chez les hommes et les femmes (3,4 fois et 3,3 fois respectivement) et dans tous les groupes d’âge, avec toutefois une augmentation plus importante chez les personnes âgées, allant jusqu’à 4,6 fois chez les plus de 85 ans.

Flambée sur les IRM du genou et la vitamine D

L’augmentation concerne tous les types d’examens complémentaires, sauf 4 qui semblent échapper à la règle : le dosage sanguin de la créatine kinase, le prélèvement vaginal, le frottis cervical et la spirométrie, dont les prescriptions diminuent après l’introduction du Quality and Outcomes Framework, sorte de « guide de bonnes pratiques » (2004/05). L’IRM du genou est l’examen pour lequel l’augmentation annuelle est la plus importante, suivie par le dosage sanguin de la vitamine D et l’IRM cérébrale.

Plusieurs facteurs sont probablement impliqués. Le nombre croissant des consultations et l’augmentation de leur durée peut conduire à une augmentation des examens demandés pour rassurer le patient ou pour clore une consultation. Les auteurs remarquent qu’au cours de la période considérée, certains examens dont la prescription était jusque-là réservée au second recours sont devenus accessibles aux soins primaires. Le système de soins a encouragé la prise en charge de nombreuses maladies chroniques par les médecins généralistes. Enfin, cela peut aussi refléter un changement dans les relations médecins-malades, avec l’attente croissante d’examens complémentaire de la part des patients, parfois encouragés à discuter les choix de leur praticien. Des travaux ont montré que les deux parties, les praticiens et leurs patients, surestiment souvent les bénéfices des examens complémentaires tout en sous-estimant leurs effets indésirables.

Dr Roseline Péluchon

Références
O’ Sullivan J W et coll. : Temporal trends in use of tests in UK primary care, 2000-15: retrospective analysis of 250 million tests. BMJ 2018; 363: k4666

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Vos réactions (1)

  • Juste évolution des choses

    Le 03 décembre 2018

    Faire un diagnostic conformément aux données actuelles de la science impose aux médecins de recourir à des examens complémentaires qui permettent de redresser des orientations cliniques qui ne permettent pas de tout voir. Donc logique. Exemple le TEP scan autrefois examen peu accessible est de plus en plus demandé non seulement en cancérologie mais aussi en infectiologie. Tout cela a bien entendu un coût mais un médecin serait condamné s'il ne demandait pas certains examens dans certaines circonstances.

    Dr Pierre-André Coulon

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