Un enfant aux urgences…ce n’est pas toujours justifié

Comme pour les adultes, la fréquentation des services d’urgences pédiatriques augmente de façon plus importante que ne le voudrait la croissance de la population, partout dans le monde et en particulier pour les enfants de 0 à 4 ans. Ceci a pour conséquence un allongement des délais d’attente et un risque d’aggraver la situation des patients qui nécessitent une prise en charge immédiate. Le recours à un triage  à l’arrivée a pour but de palier ce risque. Cependant, peu d’études ont examiné les raisons qui conduisent des parents à amener leur enfant aux urgences.

Une enquête prospective a été conduite à Melbourne sur 15 jours dans un seul centre tertiaire. Un questionnaire écrit qui comportait 3 volets a été distribué aux parents. Le premier rempli par les parents demandait leurs motivations : enfant adressé par un médecin ou non, état nécessitant d’être vu et pris en charge à l’hôpital, recherche de l’avis d’un spécialiste, nécessité d’examens complémentaires, usager habituel des structures de soin. Si l’enfant n’était pas adressé par un médecin traitant, les réponses possibles étaient en outre, absence de médecin traitant, délai d’attente d’un rendez-vous, cabinet fermé. Le second volet était réservé au médecin des urgences et comportait 2 parties: l’état de l’enfant nécessitait-il réellement une consultation aux urgences ? Quelles mesures auraient pu éviter cette consultation (avis téléphonique ou autre) ? Le troisième volet était destiné au médecin traitant.

Des « consultations légitimes » dans seulement un peu plus de la moitié des cas

Au total, 1 069 enfants ont été présentés aux urgences, 1 028 questionnaires ont été remplis par les médecins (96,2 %), 600 consultations (58,4 %) ont été jugées appropriées, les autres auraient pu être faites en ville. La proportion de « consultations légitimes » aux urgences variait de 100 % à 34 % en fonction de la grille de triage. Quatre cent soixante-seize parents ont rempli le questionnaire (44,4 %) ; 143 enfants étaient adressés par le médecin traitant, 333 sont venus directement, 285 (85,6 %) pour des raisons médicales, 107 (32,1 %) pour absence d’accès à un médecin en ville. Le fait d’être adressé améliorait de façon nette l’opinion du médecin des urgences sur la légitimité de la consultation (73,9 % vs 49,2 % p<0,05). Des questionnaires ont été adressés aux 143 praticiens traitants ; 84 (58,7 %) ont répondu, 20 ont affirmé, en dépit d’avoir été cité comme médecin traitant, ne pas avoir vu l’enfant ce jour-là ou n’avoir pas adressé le patient à l’hôpital. Sur 64 réponses valides, l’envoi aux urgences était justifié dans 85 % des cas.

Ces données montrent que, la perception d’une urgence par les parents est un puissant motif de consultation devant l’absence de disponibilité d’un médecin traitant.

Pr Jean-Jacques Baudon

Références
Cheek JA et coll. : Why do children present to emergency departments? Exploring motivators and measures of presentation appropriateness for children presenting to paediatric emergency department. J Pediatr Child Health, 2017; 53: 451-457.

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