Un nouveau cancer chez beaucoup de survivants à un premier cancer

Aux USA, le nombre de patients survivants après un premier cancer est en rapide augmentation. Durant les 30 dernières années, il a été multiplié par quatre et a atteint 15,5 millions de personnes en 2016 ; il pourrait culminer à 26,1 millions en 2040. Dans plus de la moitié des observations, les malades survivent plus de 10 ans après leur premier cancer. Or, cette population particulière est souvent exclue des essais cliniques et des études observationnelles sur les cancers. Il a donc paru important de préciser au mieux la prévalence des antécédents néoplasiques chez les individus pour lesquels un diagnostic  de cancer est porté, cette notion pouvant avoir des implications notables en matière de recherche et de traitement.

E Murphy et collaborateurs ont utilisé les données des registres du programme de Surveillance, Epidémiologie et Résultats finaux de l’Institut National du Cancer (SEER), couvrant la période allant de Janvier 2009 à Décembre 2013 et provenant de 9 zones géographiques US distinctes. La prévalence des antécédents de cancer a été analysée en fonction du type de cancer secondairement diagnostiqué et de l’âge des patients (< 65 ans ou ≥  à 65 ans). N’ont pas été retenues comme nouveau cancer les métastases ou les récidives tumorales. Ont été, par contre, prises en compte les néoplasies de site anatomique distinct, avec une histologie autre ou, en cas d’organe pair, de localisation différente (à l’exception toutefois des cancers ovariens et prostatiques). Les cancers de diagnostic récent ont été classés en 3 groupes : cancers premiers ou primitifs, cancers de second ordre et très probablement primitifs mais de même type (par exemple 2 mélanomes diagnostiqués à moins d’un an d’intervalle), cancers de second ordre, probablement primitifs et différents. Il est important de noter que, chez les 23 150 patients (3,1 % du collectif) ayant eu plusieurs diagnostics de maladies cancéreuses la même année, il s’est avéré impossible de préciser l’ordre de survenue des différents cancers et qu’un seul d’entre eux a été retenu pour analyse. Dans la grande majorité des cas (n = 17 420, soit 75,2 %), il s’agissait cependant de 2 tumeurs de même origine (par exemple, survenue concomitante d’un cancer du sein droit et du sein gauche).

Un quart des plus de 65 ans et 10 % des moins de 65 ans ont des antécédents de tumeur maligne

Il a été dénombré 769 843 nouveaux cancers, diagnostiqués chez 740 990 individus pour la période allant de janvier 2009 à Décembre 2013 ; 141 021 d’entre eux (18,4 %) étaient de second ordre mais très probablement primitifs. Globalement, le quart des sujets de 65 ans ou plus (25,2 %) et 11 % de ceux âgés de 20 à 64 ans chez qui avaient été porté récemment un diagnostic de cancer avaient, de fait, des antécédents d’un ou de cancers plus anciens. La prévalence est très différente selon le type de cancer antérieur. Dans la tranche d’âge entre 20 et 64 ans, il s’agissait le plus souvent d’une leucémie myéloïde ou monocytaire (24,8 %), d’un cancer de l’anus, du canal anal ou du rectum (18,2 %), d’un cancer du col utérin ou d’un autre cancer génital féminin (15 %) ou encore d’un cancer du poumon ou des voies respiratoires (14,6 %). Chez les sujets jeunes, les cancers initiaux étaient survenus fréquemment dans un site différent, les cancers du sein, du col, des testicules et autres organes génitaux masculins ayant pu toutefois avoir la même localisation.

Parmi les malades âgés, les cancers diagnostiqués secondairement le plus souvent étaient des mélanomes, des leucémies myéloïdes et monocytaires, des cancers des os et des articulations ou encore de la vessie et des voies urinaires. Leur localisation était généralement distincte de celle de la tumeur antérieure.
Ainsi donc, un quart des adultes de plus de 65 ans et 10 % des sujets plus jeunes chez qui est posé un diagnostic de cancer ont, en fait, des antécédents néoplasiques. La prévalence varie entre 3,5 % et 36,9 % selon le type de cancer diagnostiqué dans un second temps et l’âge du malade. Le site anatomique est, en règle, distinct. La notion d’un (ou de) cancer(s) dans les antécédents est importante pour la prise en charge thérapeutique. Elle peut modifier l’adhésion aux soins et conduire à une surveillance ciblée. A titre d’exemple, 30 % des patients avec un cancer lié au papillomavirus humain (cancer du col et génital de la femme, cancer anal ou de la cavité orale) ou lié au tabac (cancer du poumon, de l’œsophage ou ORL) ont présenté un cancer antérieur qui aurait pu faire l’objet d’une surveillance renforcée. Pareillement, 36,9 % des patients avec leucémie myéloïde ont souffert d’un cancer antérieur, la proportion notable d’hémopathies secondaires étant, probablement, à rapporter, en partie au moins, à l’effet leucémogène des traitements anti cancéreux.

Des implications pour le suivi et pour les essais cliniques

Sur un autre plan, il est dommageable que la grande majorité des essais cliniques exclue les patients avec antécédents de cancer, donc une part non négligeable de malades éligibles par ailleurs. Cette exclusion tient au fait qu’il était admis que de pareils antécédents pouvaient modifier la gestion de l’essai et/ou les résultats finaux. Ce critère restrictif limite grandement toute généralisation des résultats. Il pénalise les études portant sur des sujets âgés, avec cancer rare et chez qui l’accumulation de données cliniques est fondamentale. A contrario, inclure dans les essais anti-cancéreux les individus ayant présenté un premier cancer pourrait, de façon notable, accroître la masse de données disponibles, sans affecter le résultat final. De façon similaire, les malades avec antécédents néoplasiques sont aussi fréquemment exclus des protocoles de recherche des grandes institutions médicales. Or, leurs résultats, en pratique clinique quotidienne, sont souvent un complément utile à ceux des grands essais randomisés.

Quelques réserves sont à signaler. Pour plusieurs cancers survenus la même année, l’ordre des diagnostics n’a pu être précisé. De même, des données ont pu être manquées, concernant des cancers initiaux diagnostiqués dans des zones géographiques autres que celles couvertes par les registres SEER.

En conclusion, alors même que la population de patients ayant survécu à un premier cancer est en hausse constante, il apparaît essentiel de connaître, lors de la survenue d’un second cancer, la nature et les conséquences de la première tumeur maligne ou hémopathie. Cette notion améliore la précision des données recueillies, permet une généralisation des résultats des essais et des études observationnelles, aide à mieux entrevoir l’évolution du patient et son expérience propre.

Dr Pierre Margent

Référence
Murphy C et coll. : Prevalence of Prior Cancer among Persons Newly Diagnosed with Cancer. An initial Report from the Surveillance, Epidemiology and End Results Program. JAMA Oncol., 2017 ; publication avancée en ligne le 22 novembre. doi: 10.1001/jamaoncol.2017.3605.

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