Un progrès dans la lutte contre l’allergie aux arachides

Aux Etats-Unis, la prévalence de l’allergie aux arachides est en augmentation et il en va de même dans la plupart des pays industrialisés. Celle-ci persiste habituellement à l’âge adulte et, dans certains cas, le tableau clinique est impressionnant au point de faire craindre pour le pronostic vital. Il est vrai que l’allergie aux arachides est à l’origine de la majorité des décès imputables aux allergies alimentaires et qu’elle n’est accessible à aucun traitement curatif. Les seules mesures à visée thérapeutique consistent de fait en l’éviction des arachides dans l’alimentation et la mise à disposition de médications d’urgence pour pallier les conséquences d’une exposition accidentelle à l’allergène, une éventualité qui peut se produire à tout moment.

Quelques essais, à un stade précoce et portant sur de petits effectifs plaident en faveur de l’efficacité au moins relative de l’immunothérapie orale qui apparaît comme une stratégie de désensibilisation aux arachides. A cet égard, AR101 est un bon candidat en tant que dérivé biologique capable d’apporter chaque jour par voie orale une dose de 300 mg d’une protéine spécifique.

L’essai PALISADE

Un essai contrôlé de phase 3, à la fois multicentrique et international, mené à double insu contre placebo, intitulé PALISADE (Peanut Allergy Oral Immunotherapy Study) a évalué l’efficacité et l’acceptabilité de l’AR101. Dans un premier temps, ont été inclus des patients âgés de 4 à 55 ans qui faisaient état d’une allergie aux arachides.

L’objectif initial était de confirmer cette dernière au cours d’un test de provocation avec une dose test de 100 mg (ou moins) de protéines extraites d’arachides (soit un tiers environ d’une cacahuète). En cas de réponse allergique confirmée, le participant a été inclus dans l’étude randomisée au sein d’un groupe traité par l’AR101 ou d’un groupe placebo. La dose du  médicament, composé de protéines d’arachides en doses calibrées a été progressivement augmentée jusqu’à 300 mg/j et maintenue à ce niveau pendant 24 semaines. Au terme de cette période, les patients qui toléraient cette dose sont entrés dans une autre phase de l’étude au cours de laquelle a été testée la réponse à des doses croissantes et progressives de l’allergène jusqu’à  atteindre 1 000 mg/j. Le critère de jugement primaire était la proportion de participants capables de supporter une  telle dose de provocation d’au moins 600 mg/j sans présenter le moindre signe d’allergie. La durée de l’essai a été au total d’au moins 12 mois.

Des résultats encourageants de 4 à 17 ans

Sur les 551 patients allergiques aux arachides, qui ont reçu le médicament ou le placebo, 496 (90 %) étaient âgés de 4 à 17 ans. Dans le groupe traité, au terme de la phase de provocation au long cours, 250 des 372 participants (67,2 %) ont supporté une dose de protéine d’arachides d’au moins 600 mg/j sans le moindre symptôme, versus 5/124 (4,0 %) dans le groupe placebo (soit une différence intergroupe en valeur absolue de 63,2 unités de pourcentage ; p < 0,001). Aucune efficacité n’a pu être démontrée chez les patients âgés de plus de 18 ans. Au cours de la phase de provocation, la sévérité des symptômes allergiques a été jugée modérée chez 25 % des patients du groupe traité, versus 59 % dans le groupe placebo. Les chiffres correspondants pour les symptômes sévères ont été respectivement de 5 % et 11 %. Pour ce qui est de l’acceptabilité au cours de la phase interventionnelle, les évènements indésirables rapportés par 95 % des participants âgés de 4 à 17 ans ont été répartis en 3 catégories : (1) légers : 34,7 % dans le groupe traité versus 50,0 % dans le groupe placebo ; (2) modérés : 59,7 % vs 44,4 % ; (3) sévères : 4,3 % vs 0,8 %.

Les résultats de l’essai PALISADE s’avèrent encourageants pour les patients jeunes atteints d’une allergie aux arachides, jugée préoccupante. Une immunothérapie orale au long cours au moyen de l’AR101 permet d’augmenter les doses d’arachides tolérées et de diminuer la fréquence des réactions allergiques sévères ainsi induites sans pour autant les supprimer totalement. Un progrès certain, mais le risque allergique persiste chez les non répondeurs, soit dans cet essai plus d’un participant sur trois…

Dr Peter Stratford

Référence
PALISADE Group of Clinical Investigators. : AR101 Oral Immunotherapy for Peanut Allergy.N Engl J Med., 2018 ; 379 : 1991-2001.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article