Un risque accru de malformations cardiaques fœtales en cas de pré-éclampsie

Les malformations cardiaques fœtales (MCF) sont redoutées en cas de pré-éclampsie et même d’HTA chez une femme enceinte. Ces grossesses à haut risque sont d’ailleurs l’objet d’une surveillance échocardiographique renforcée. Il s’avère que des perturbations de l’angiogenèse ont été détectées dans ce contexte, tout comme dans le cas des cardiopathies congénitales diagnostiquées au cours d’une grossesse, en l’absence de toute HTA. Cette constatation fait évoquer l’hypothèse de traits pathogéniques communs à ces deux formes de MCF.

Une étude de cohorte, réalisée au Danemark, apporte des arguments en faveur de cette dernière. Elle a reposé sur l’exploitation d’un registre national constitué entre 1978 et 2011, dans lequel ont été incluses toutes les grossesses non gémellaires d’une durée  ≥ 20 semaines, soit n=1 972 857. Aucune anomalie chromosomique n’a été décelée. Au sein de cette cohorte, ont été identifiés plusieurs groupes : respectivement grossesses compliquées de MCF (1), pré-éclampsie avant terme précoce (2), tardive (3) ou à terme (4) et HTA gravidique « simple » (5). Les données ont été traitées au moyen d’une analyse par régression logistique polynomiale qui a permis d’estimer les odds ratios  (ORs) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC) correspondant aux associations entre MCF spécifiques et les différentes formes d’HTA gravidique précédemment définies.

Les MCF ont été étroitement associées à la pré-éclampsie, qu’elle soit précoce (OR, 7,00 ; IC, 6,11-8,03) ou tardive (OR, 2,82 ; IC, 2,38-3,34) au cours d’une même grossesse. L’association s’est avérée nettement plus faible en cas de pré-éclampsie survenant à terme  (OR, 1,16 ; IC, 1,06-1,27) et non significative pour ce qui est de l’HTA gravidique «simple» (OR, 1,07 ; IC, 0,92-1,25). Les associations précédentes se sont avérées indépendantes du type de MCF quant à la valeur des ORs et des IC. 

Une MCF au cours d’une grossesse antérieure est associée à un risque de pré-éclampsie lors d’une grossesse suivante

Par ailleurs, les MCF survenues lors d’une grossesse antérieure ont été significativement associées au risque de pré-éclampsie lors des grossesses ultérieures (précoce OR, 2,37; IC, 1,68-3,34 ; tardive, OR, 2,04 ; IC, 1,52-2,75). De manière similaire, une relation a été mise en évidence entre une pré-éclampsie lors d’une grossesse antérieure et le risque de MCF quant aux grossesses suivantes (précoce, OR, 7,91;IC, 6,06-10,3 ; tardive: OR, 2,83 ; IC, 2,11-3,79 ; à terme : OR, 0,98 ; IC, 0,88-1,10 ; HTA gravidique : OR, 1,13 ; IC, 0,92-1,38).

En bref, ces associations multiples et croisées confirment le risque élevé de MCF au cours de la pré-éclampsie notamment dans ses formes précoces. Des facteurs pathogéniques communs avec certaines cardiopathies congénitales peuvent être évoqués sans certitude. La stabilité des associations étroites d’une grossesse à l’autre plaide en faveur de mécanismes pathogéniques essentiellement maternels.

Dr Catherine Watkins

Référence
Boyd HA et coll. : Association Between Fetal Congenital Heart Defects and Maternal Risk of Hypertensive Disorders of Pregnancy in the Same Pregnancy and Across Pregnancies. Circulation 2017; 136: 39-48.

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