Un risque de cancer radio-induit avec le dépistage du cancer du poumon ?

De précédents travaux ont montré que le dépistage du cancer du poumon par scanner systématique réduisait le risque de mortalité de 20 % par rapport à un dépistage par radiographie. Plusieurs sociétés savantes préconisent donc le scanner pour les patients à haut risque. Aux Etats-Unis, plus de 3 millions de personnes sont ainsi éligibles pour le dépistage systématique du cancer pulmonaire. Des voix s’élèvent toutefois pour alerter sur le fait que ces examens systématiques répétés pourraient augmenter le risque de cancers solides et de leucémies. La réalité de cette augmentation du risque pour de faibles doses de radiation (< 50 mSv) est toutefois controversée. Le dépistage étant réalisé chez des personnes en bonne santé, il est essentiel d’en évaluer au plus près les possibles effets indésirables.

Une équipe italienne vient de publier les résultats de l’analyse secondaire d’un essai mené sur le dépistage du cancer du poumon, et de l’analyse bénéfice-risque de cet essai. Ce dernier avait lieu à Milan. Entre 2004 et 2015, plus de 5 200 participants ont été enrôlés. Il s’agissait de fumeurs asymptomatiques (≥ 50 paquet années), à haut risque, âgés de 50 ans ou plus, sans antécédent de cancer dans les 5 années précédentes. Un scanner thoracique low dose leur était proposé annuellement. En 10 ans, 42 228 scanners à faibles doses et 635 PET scan ont été réalisés.

Un cancer induit tous les 100 cancers dépistés, en théorie

La dose d’irradiation effective cumulée médiane après 10 ans est de 9,3 mSv pour les hommes et 13,0 mSv pour les femmes, soit, selon les auteurs, une dose sensiblement identique à celle délivrée à un patient bénéficiant d’un seul scanner à doses  standard du thorax (7-8 mSv) ou d’un scanner abdomino-pelvien (13-14 mSv). Ceci correspondrait à un risque additionnel de cancer de 0,05 %. Au total dans cette étude, 259 cancers pulmonaires ont été diagnostiqués en 10 ans, soit 2,4 cancers induits pour les 5 203 personnes dépistées.

En comparaison avec le nombre de cancers dépistés pendant cette période, un cancer est induit théoriquement par l’irradiation tous les 100 cancers dépistées environ. Le risque est supérieur pour les femmes, quel que soit l’âge, avec un risque relatif quadruplé pour le cancer pulmonaire et triplé pour les autres cancers. Cette différence est liée à la plus grande sensibilité des femmes à l’irradiation et au risque de cancer du sein associé aux scanners thoraciques.

Si l’irradiation paraît ici modérée, il serait toutefois possible de la réduire encore. Une sélection plus stricte des patients permettrait de réduire l’exposition pour les patients à faible risque. Les nouvelles technologies, de nouveaux protocoles pourraient  encore la diminuer. 

Les auteurs estiment que, bien que le risque de cancer induit ne soit pas négligeable, il reste faible et que le scanner low dose systématique peut être considéré comme acceptable, au vue des cancers dépistés et de la réduction de la mortalité associée au dépistage.

Dr Roseline Péluchon

Références
Rampinelli C et coll. : Exposure to low dose computed tomography for lung cancer screening and risk of cancer: secondary analysis of trial data and risk-benefit analysis
BMJ 2017;356:j347.

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