Un risque de prise de poids sous antidépresseur ?

La prise de poids est l’un des effets secondaires possibles des traitements antidépresseurs. Le mécanisme n’en est pas bien expliqué, mais les conséquences sur la santé du patient ne sont peut-être pas négligeables. L’importance du lien entre traitement antidépresseur et prise de poids est assez mal connu et a fait l’objet d’une étude dont les résultats sont publiés ces jours-ci dans le British Medical Journal.

Les dossiers médicaux de près de 200 mille patients (140 mille hommes et 160 mille femmes) ont été retenus s’ils renseignaient au moins 3 indices de masse corporelle (IMC) entre 2004 et 2014. Les auteurs ont inclus les patients dont les données concluaient à une augmentation de 5 % de l’IMC et un passage vers le surpoids ou l’obésité. Il était tenu compte de l’âge et du genre des patients, de la notion de dépression, des comorbidités, de la co-prescription d’antiépileptiques ou d’antipsychotiques, du manque de ressources, du tabagisme et de la notion d’habitudes alimentaires.

La fréquence d’une prise de poids de plus de 5 % est plus élevée sous antidépresseurs

Les données révèlent ou plutôt confirment un taux élevé de patients sous antidépresseurs au début de l’étude : 13 % des hommes et 22,4 % des femmes (âge moyen 51,5 ans). La prise d’antidépresseur semble en effet en lien avec une augmentation de risque de prise de poids puisque, au cours du suivi, l’incidence d’une prise de poids de plus de 5 % est supérieure de 21 % parmi les patients sous antidépresseur (11,2 pour 100 personne-années vs 8,1 pour 100 personne-années). Le risque reste supérieur pendant au moins 6 ans. Ce risque est présent pour de nombreux sous-groupes de patients.

Les participants ayant un poids normal au début de l’étude ont un risque de passage vers le surpoids ou l’obésité de 21 %, tandis que ceux qui commencent le traitement alors qu’ils sont en surpoids on un risque augmenté de 29 % de passer à l’obésité. La prise de poids est plus fréquente au cours des 2ème et 3ème années de traitement, supérieur de 46,3 % à celui de la population générale. En revanche, les traitements d’une durée de moins d’1 an ne semblent pas faire courir ce risque de prise de poids (mais cela pourrait être un artefact du fait de données incomplètes). La mirtazapine paraît associée à l’incidence la plus élevée.

Ces résultats doivent toutefois être observés avec prudence, la présence de facteurs confondants ne pouvant être complètement écartée.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Gafoor R et coll. : Antidepressant utilisation and incidence of weight gain during 10 years’ follow-up: population based cohort study. BMJ 2018;361:k1951

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