Un risque moindre de cancer du sein avec de l’aspirine et des AINS ?

La notion de risque familial du cancer du sein est très large. Si avoir un antécédent familial au 1er degré double le risque, être porteuse d’une mutation BRCA1 ou BRCA2 le multiplie par dix environ, et cela dépend de l’âge, de l’histoire familiale et de l’emplacement exact de la mutation.

Deux stratégies préventives peuvent être proposées aux femmes qui ont un risque augmenté de cancer du sein : la mastectomie qui réduit le risque de 90 %, et le traitement par les modulateurs sélectifs du récepteur des œstrogènes ou les inhibiteurs de l’aromatase qui diminuent le risque de cancer du sein RE positif de 30 à 65 %.

Malgré l’efficacité de ces stratégies, leur utilisation reste limitée et d’autres alternatives sont étudiées, telle que la prise régulière d’aspirine et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), dont les inhibiteurs de la cyclo-oxygénase 2 (COX-2), enzyme surexprimée dans les cellules cancéreuses.

L’effet préventif de l’aspirine et des AINS a été démontré pour le cancer du côlon. Une accumulation de résultats dans des études épidémiologiques où les femmes n’étaient pas sélectionnées sur leur risque familial ou génétique suggère que la prise régulière d’aspirine, sur une longue durée, diminue le risque de cancer du sein de 14 %. Des estimations comparables ont été rapportées pour les inhibiteurs de COX-2. Cependant l’actuel faisceau d’arguments n’est pas suffisant pour conclure, et le seul essai randomisé publié n’a pas prouvé l’efficacité de l’aspirine en prévention primaire du cancer du sein. Les autres essais de prévention secondaire avec l’aspirine soit n’ont pas encore été publiés, soit ne montraient pas de réduction du risque de cancer du sein.

Étude sur des femmes atteintes d’un cancer du sein et/ou à risque familial de cancer du sein

Une étude a été menée dans sept centres des USA, du Canada et d’Australie, à partir de deux cohortes anciennes comprenant des femmes atteintes d’un cancer du sein et des apparentées au 1er ou au 2ème degré (95 %), atteintes ou non. Ces femmes étaient suivies depuis plus de 20 ans. La cohorte rétrospective a inclus les 8 233 femmes de ces deux cohortes, dont 1 973 avaient développé un cancer du sein avant de début du suivi et 232 au cours du suivi.

La cohorte prospective débute entre 2007 et 2014, à partir de l’introduction d’un questionnaire relatif à la prise médicamenteuse. Elle inclut les femmes des deux cohortes précédentes à partir du moment où elles remplissent le questionnaire relatif à la prise médicamenteuse, à condition qu’elles n’aient pas subi de mastectomie bilatérale, et qu’elles n’aient pas eu un cancer du sein. La cohorte prospective comporte 5 606 femmes, suivies 6 à 10 ans, jusqu’en 2017 ; 143 d’entre-elles ont développé un cancer du sein. La cohorte combinée associe les femmes de la cohorte rétrospective et de la cohorte prospective.

Le questionnaire relatif à la prise médicamenteuse concerne la prise d’aspirine, d’un inhibiteur de COX-2, d’ibuprofène ou autre AINS, et de paracétamol. Les femmes qui ont pris un de ces traitement au moins deux fois par semaine, pendant un mois ou plus, sont déclarées « consommatrices régulières » ; si elles ont eu une fréquence ou une durée de prise inférieures, ou si elles n’ont pas pris ces traitements avant la survenue du cancer, elles sont déclarées « non consommatrices ».

La diminution du risque pourrait atteindre 60 % en cas de prise régulière prolongée d’aspirine ou d’inhibiteurs de COX-2

La prise médicamenteuse est similaire dans les cohortes prospective et combinée :
18 % et 19 % de prise d’aspirine, 9 % et 8 % d’inhibiteurs de COX-2, 17 % et 19 % d’ibuprofène ou autre AINS, 17 % et 17 % de paracétamol.

Les consommatrices régulières d’aspirine, dans la cohorte prospective, ont une diminution du risque de cancer du sein de 39 % après ajustement, Hazard Ratio HRp = 0,61 (intervalle de confiance à 95 % IC = 0,33 à 1,14), et dans la cohorte combinée de 37 %, HRc = 0,63 ; (IC = 0,57 to 0,71). Si l’on considère la durée de prise, dans la cohorte combinée, une consommation d’aspirine < 5 ans est associée à une diminution du risque de 32 % et une consommation d’aspirine > 5 ans à une diminution de 66 %.

Les consommatrices régulières d’inhibiteurs de COX-2, dans la cohorte prospective, ont une diminution du risque de cancer du sein de 61 % après ajustement, HRp = 0,39 (IC = 0,15 to 0,97), et dans la cohorte combinée de 71 %, HRc= 0,29 (IC = 0,23 to 0,38).
La consommation régulière d’ibuprofène ou d’autres AINS, ou celle de paracétamol, n’est pas associée à une diminution du risque de cancer du sein.

L’association de la consommation régulière d’aspirine ou d’un inhibiteur de COX-2 avec une diminution du risque de cancer du sein est retrouvée quel que soit le profil du risque familial, que la femme soit porteuse ou non d’une mutation de BRCA1 ou de BRCA2, quel que soit le statut des récepteurs œstrogéniques de la tumeur, et quel que soit l’âge de la femme.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Kehm RD et coll. : Regular use of aspirin and other non-steroidal anti-inflammatory drugs and breast cancer risk for women at familial or genetic risk: a cohort study. Breast Cancer Research 2019 ; 21:52. doi.org/10.1186/s13058-019-1135-y

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Aspirine à resituer

    Le 06 mai 2019

    Dans le contexte des controverses concernant l'aspirine dans les affections cardiovasculaires, il conviendrait de resituer son action réelle sur les cancers,la cataracte, la pré-éclampsie et autres ?

    Dr Justin Vanatoru

  • Aspirine ou paracétamol ?

    Le 07 mai 2019

    S'agit-il au final d'un effet bénéfique de l'aspirine ou d'un effet délétère des autres molécules (paracétamol, ibuprofène...) ?

    M. Salvucci (pharmacien)

Réagir à cet article