Une différence de 5,5 mm Hg en moyenne entre PA radiale et PA humérale !

Les artères du membre supérieur ne sont pas équivalentes, cela saute aux yeux, à l’oreille ou encore à la prise du pouls. Autant l’artère radiale est superficielle et facile d’accès, autant l’artère humérale est plus profonde et plus difficile à repérer, du fait de sa localisation et de sa situation dans la portion interne du manchon musculaire du bras. De ce fait, les valeurs de la pression artérielle systolique (PAS) ont tout lieu de différer quelque peu à l’étage huméral et radial, ce qui a conduit certains auteurs à évoquer un phénomène de Popeye au moins fictionnel pour expliquer cette tendance constatée dans quelques études.

L’amplitude de la différence reste mal connue, alors qu’elle mérite de l’être pour une raison précise : il s’avère que la PA intra-artérielle radiale est parfois utilisée pour valider et étalonner les dispositifs d’automesure tensionnelle utilisables au niveau du bras. Par ailleurs, le marché des mêmes dispositifs destinés au poignet est en expansion et, dans leur cas, c’est la PA radiale qui est la cible. Il est donc licite d’éclaircir cette situation, indépendamment de tout jugement de valeur sur les dispositifs de mesure disponibles sur le marché. D’autant plus qu’aucune étude hémodynamique n’a mesuré avec précision les différences entre PAS radiale et PAS humérale.

Utiliser les appareils d’auto-mesure à l’endroit où ils doivent l’être

La PA intra-artérielle a été évaluée de manière invasive par cathétérisme chez 180 participants (âge moyen 61 ± 10 ans ; 69 % d’hommes) à l’occasion d’une coronarographie. En moyenne, la PAS radiale s’est avérée être supérieure de 5,5 mm Hg à la PA humérale. Chez seulement 43 % des patients, les valeurs de la PAS radiale fluctuaient de ± 5 mm Hg autour des valeurs de la PAS humérale. Les différences entre les PAS radiale/humérale étaient > 5 mm Hg dans 46 % des cas et > 10-15 mm Hg dans 13 % des cas. Elles fluctuaient entre 5 et 10 mm Hg chez un sujet sur cinq (19 %). Dans les cas extrêmes (14 %) qui sont caractéristiques de l’effet Popeye précédemment évoqué, la différence PAS radiale/humérale s’est avérée > 15 mm Hg. Une exception : quelques cas (11 %) de PAS radiale < PAS humérale de moins de 5 mm Hg.

La PAS radiale ne saurait donc être considérée comme représentative de la PAS humérale. En effet, chez la plupart des participants de l’étude, la PAS radiale dépasse la PA humérale d’au moins 5 mm Hg et il n’est pas rare que la différence excède 15 mm Hg. Dans ces conditions, la validation des dispositifs d’automesure tensionnelle doit faire appel à des mesures intra-artérielles effectuées à l’étage auquel ils se destinent. Il ne semble pas opportun de recourir à l’artère radiale quand le dispositif est brachial et vice versa pour les dispositifs destinés au poignet : le phénomène de Popeye doit être en toute rigueur pris en compte, faute de quoi l’exactitude des mesures peut prêter à discussion… Les répercussions cliniques de cette étude restent à évaluer, mais il n’est pas certain qu’elles puissent transformer les pratiques actuelles, à moins de les traduire par des contraintes. Dans ce cas, il faut d’autres études pour enfoncer le clou.

Dr Philippe Tellier

Référence
Armstrong MK et coll. : Brachial and Radial Systolic Blood Pressure Are Not the Same. Hypertension. 2019 ; 73(5): 1036-1041.

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Vos réactions (3)

  • Moins fiable au poignet

    Le 25 mai 2019

    De toute façon, les appareils d'automesure au poignet sont déjà moins fiables, avec des résultats très sensibles à la position... mieux vaut privilégier les autres.

    Dr Olivier Kourilsky

  • Fiabilité de la mesure de la PA. au poignet

    Le 27 mai 2019

    La HAS recommande de ne pas la mesurer (et de ne pas utiliser les brassards à poignet), car non fiable, dépendant largement de la position en hauteur du poignet par rapport au cœur, chose que certainement tout médecin ou infirmière a pu constater pour peu qu'il/elle ait eu la curiosité de les comparer.

    Dr Alain Robert

  • Interdire les tensiomètres de poignet

    Le 28 mai 2019

    Combien de temps faudra-t-il aux autorités de la Santé pour interdire les tensiomètres de poignet qui coûtent aussi cher que ceux destinés au bras et qui donnent des mesures fausses. Combien de temps que ces mêmes autorités le fasse savoir au public ?

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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