Une longue vie en combinant bon niveau d’activité physique et bon sommeil ?

L'inactivité physique et le manque de sommeil sont indépendamment associés à la mortalité toutes causes confondues, aux maladies cardiovasculaires et à la mortalité par cancer. L’activité physique a fait l’objet de nombreux essais contrôlés randomisés (ECR) et méta-analyses mettant en avant son effet protecteur pour la santé.

En ce qui concerne le sommeil, plusieurs aspects sont à considérer : durée, qualité, place au sein du rythme circadien. Il a déjà été montré une relation curviligne (en U) entre durée du sommeil et mortalité toutes causes confondues, le risque le plus faible étant observé chez ceux dormant entre 7 et 8 heures par nuit.

Un sommeil de mauvaise qualité, combiné à un sommeil insuffisant ou excessif, est également associé à un risque accru de mortalité. La question subséquente abordée dans cet article est de savoir si l'AP (activité physique) et le sommeil pourraient être co-dépendants et influencer la santé par des voies connexes.

Pour approfondir les effets conjoints potentiels de ces deux comportements clés, une étude évalue leur impact combiné (à travers un score complet du sommeil) sur les risques de mortalité toutes causes confondues, par MCV (maladie cardiovasculaire) et par cancer.

Près de 400 000 participants de l’UK Biobank (380 055 exactement), âgés en moyenne de 55,9 ans (plus ou moins 8,1 ans), et pour 55 % des femmes, ont été inclus. Les niveaux d'AP de base ont été classés comme étant élevé/moyen/ faible/nul, pour une intensité modérée à vigoureuse, sur la base des directives de santé publique actuelles.

Concernant le sommeil, il a été classé en sain, intermédiaire ou médiocre à partir d’un score composite prenant en compte : le chronotype, la durée du sommeil, la présence d’insomnie / de ronflement / de somnolence diurne. Il a résulté de ces critères 12 combinaisons AP-sommeil.

On peut dormir sur les deux oreilles avec une AP au-dessus du seuil de l’OMS

Après un suivi moyen de 11,1 ans, l’analyse des scores de sommeil a montré une association de type dose-effet avec la mortalité, et ce pour la mortalité toutes causes confondues, liée aux MCV et par AVC ischémique.

Comparativement au groupe « sommeil sain et AP élevée » (groupe de référence), le groupe à « sommeil médiocre sans AP » présentait les risques de mortalité les plus élevés pour toutes causes (Hazard ratio HR 1,57 ; intervalle de confiance IC à 95 % (1,35 à 1,82)), par maladies cardiovasculaires (1,67 (1,27 à 2,19)), et par cancer (1,45 (1,18 à 1,77)), ainsi que plus spécifiquement par cancer du poumon (1,91 (1,30 à 2,81)).

Les associations délétères d'un mauvais sommeil avec tous les résultats ont été amplifiées avec une AP plus faible. Dans l’analyse de sensibilité, il a été retrouvé une interaction additive statistiquement significative pour les MCV totales et des interactions multiplicatives pour les autres causes.

Par rapport à l'absence d'AP, des niveaux d'AP égaux ou supérieurs au seuil recommandé par l'OMS (600 MET-min/semaine), semblaient éliminer la plupart des associations néfastes entre mauvais sommeil et mortalité.

En utilisant un score représentatif des caractéristiques du sommeil, la présente étude montre que les personnes ayant un sommeil de qualité intermédiaire ou mauvaise, avec ajustement pour l'AP, avaient un risque de mortalité toutes causes confondues de 5 % à 23 % supérieur et un risque par mortalité cardiovasculaire totale de 9 % à 39 % supérieur.

Un mauvais sommeil semble en outre être associé à un risque de mortalité supérieur pour les AVC ischémiques (mais pas pour les AVC hémorragiques). Parallèlement, les résultats indiquent que la non-participation à une AP pourrait entraîner des risques de mortalité de 16 % à 38 % plus élevés pour la mortalité toutes causes confondues.

Enfin, comparativement à ceux avec la combinaison « AP élevée-sommeil sain », logiquement les participants avec la combinaison « sans AP-sommeil pauvre » avaient des risques de mortalité plus élevés (par exemple, 57 % pour toutes causes ; 67 % pour les MCV totales ; 45 % pour le cancer) ce qui suggère des effets synergiques probables entre les 2 paramètres.

Trop de sommeil nuit mais trop d’AP aussi…

Les mécanismes entourant les associations délétères de la durée prolongée du sommeil avec les résultats de la mortalité sont controversés.  Une possibilité est que ces associations ne soient pas causales et soient dues à une confusion résiduelle, par exemple, la fatigue, la fragmentation du sommeil, la consommation de substances ou des troubles mentaux non diagnostiqués.

Un autre mécanisme hypothétique est qu'une durée de sommeil prolongée pourrait limiter le temps disponible pour des comportements favorables à la santé tels que l'AP. Un point non négligeable, le respect du seuil inférieur des recommandations actuelles sur l’AP (600 minutes MET/semaine) paraît éliminer la majorité des associations délétères entre mauvais sommeil et mortalité.

A l’opposé de la courbe, pour les populations situées tout en haut du spectre de l'AP comme les athlètes, une AP excessive peut compromettre le sommeil. La combinaison d'une AP très élevée et d'un mauvais sommeil pourrait même, à long terme, augmenter les risques de traumatismes et d'infections.

Cependant, si l’on considère le seuil au-delà duquel l'AP peut devenir nocive, et les mécanismes d’interaction sommeil-AP, cet article fait émerger plusieurs inconnues qui doivent encore être élucidées.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Huang B, Duncan MJ, Cistulli PA, et coll. : Sleep and physical activity in relation to all-cause, cardiovascular disease and cancer mortality risk. British Journal of Sports Medicine 2022;56:718-724.

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