Une prescription d’opiacés très variable après les interventions chirurgicales

La « crise des opiacés » atteint des sommets inédits aux États-Unis, où les surdoses tuent près de 60 000 personnes par an, plus que ne firent jamais sida ni accidents de la voie publique. La publicité agressive de certains laboratoires, vantant le « zéro douleurs » en est partiellement responsable, entraînant des prescriptions abusives. La population des États-Unis, représentant 4 % de celle du monde, consomme 80 % des opiacés. De plus, il a été démontré que l’addiction à l’héroïne commençait le plus souvent après une prescription d’oxycodone.

Les chirurgiens sont, après les spécialistes de la douleur, les plus grands prescripteurs d’opiacés (10 % du total) ; or, 70 % de ceux qui sont prescrits en postopératoire sont inutilisés. Pour éviter cette gabegie, certains praticiens, poussant le pendule trop loin, sous-traitent leurs opérés, au risque de laisser persister une nuisible douleur.

Des auteurs de Harvard ont voulu examiner les variations de doses et de durée des prescriptions d’opiacés au sein d’une même équipe pour des interventions identiques.

De 0 à …75 comprimés

Ils ont donc étudié en 2016-2017 les suites de 3 interventions très courantes : appendicectomie cœlioscopique (AC), cholécystectomie cœlioscopique (CC), cure par voie ouverte de hernie inguinale (HI), en excluant les complications majeures. Les malades prenant des opiacés antérieurement à l’intervention, la posologie, la prescription d’autres antalgiques ou anti-inflammatoires, et la réitération de la prescription d’opiacés plus de 3 mois après l’opération, ont été notés. Tous les médicaments prescrits ont été convertis en équivalent-morphine orale (EMO), pour faciliter les comparaisons (par exemple oxycodone = 1,5 EMO ; tramadol = 0,1 EMO). Les prescripteurs étaient soit des médecins résidents (MR), soit des infirmières praticiennes (IP).

L’étude a porté sur 255 opérés (44 % AC, 44 % CC, 12 % HI). Près de 12 % avaient des antécédents de prise d’opiacés, et 92 % ont quitté l’hôpital avec une prescription d’opiacés (95 % après AC), le plus prescrit de loin étant l’oxycodone. Seuls 71 % avaient des antalgiques non morphiniques. Les variations allaient de 0 à 75 comprimés avec un EMO étalé entre 0 et 600 mg, et maximal pour les HI. Ces chiffres étaient majorés chez les patients qui prenaient déjà des opiacés. Ce sont les MR, et surtout les plus jeunes qui ont prescrit les plus fortes doses. Aucun opéré n’a demandé de nouvelle prescription à 3 mois.

Des directives standard paraissent nécessaires pour  éviter ces disparités de prescriptions.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Eid AI et coll. : Variation of opioïd prescribing patterns among patients undergoing similar surgery on the same acute care surgery service of the same institution : time for standardization ? Surgery 2018;164:926-930.

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