Une vie un peu plus longue avec le traitement hormonal de la ménopause ?

Les bénéfices du traitement hormonal substitutif de la ménopause sont bien connus : soulagement des symptômes, diminution de l’ostéoporose et des maladies cardiovasculaires et amélioration de la qualité de vie. Cependant, des méta-analyses ont aussi montré une augmentation du risque de cancer du sein et d'autres cancers gynécologiques. Depuis, la prudence est de mise aussi bien chez les prescripteurs que chez les patientes.

L'objectif de la présente étude était d'estimer l'effet d'un traitement hormonal substitutif par œstrogènes seuls ou œstroprogestatifs combinés sur la mortalité, toutes causes confondues, dans la population générale et par classes d'âge, chez des femmes en bonne santé, âgées de 46 à 65 ans lors de la prescription initiale.

Il s'agit d'une étude de cohorte avec appariement, basée sur l'étude du registre de données du Health Improvement Network (THIN) du Royaume-Uni, colligées entre 1984 et 2017.

Les auteurs ont comparé un groupe de 105 199 utilisatrices du traitement hormonal administré par voie orale ou transdermique, définies comme les cas, à un groupe contrôle de 224 643 femmes n'ayant pas été traitées.

Les femmes ayant des antécédents de cancer, d'infarctus du myocarde, d'insuffisance cardiaque ou rénale, d'accident vasculaire cérébral, de démence, de ménopause chirurgicale avant 45 ans ou de ménopause précoce ont été exclues.

Un modèle de régression a permis un ajustement sur les éléments suivants : l'âge lors de la première prescription, la cohorte de naissance, le diabète de type 2, l'hypertension artérielle, les coronaropathies, les annexectomies, l'hystérectomie, l'indice de masse corporelle, le tabagisme et le statut socio-économique.

Diminution de 9 % de mortalité avec le traitement combiné

Dans le groupe des utilisatrices, la moyenne d'âge au début du traitement était de 53 ± 5,02 ans et la durée moyenne du traitement de 6 ± 4,8 ans ; 17 % des femmes traitées ont reçu des œstrogènes seuls et 83 % un traitement combiné.

On dénombre 21 751 décès après un suivi moyen de 13,5 années, lesquels ont concerné 6 329 utilisatrices du traitement et 15 422 non utilisatrices.

Comparées aux femmes n'ayant pas reçu de traitement, l'odds ratio de mortalité toutes causes confondues est de 0,91 (intervalle de confiance à 95 % IC95 : 0,88 – 0,94) chez les femmes ayant reçu le traitement œstroprogestatif combiné et de 0,99 (IC95 : 0,93 – 1,07) chez celles ayant reçu un traitement par œstrogènes exclusifs.

En tenant compte des classes d'âge de 45–50, 51-55, 56-60 et 61-65 ans lors de l'instauration du traitement, les odds ratios ajustés sont, pour le traitement combiné, respectivement de 0,98 (0,92-1,04), 0,87 (0,82-0,92), 0,88 (0,82-0,93) et 0,92 (0,85-0,98). Pour les utilisatrices d'un traitement œstrogénique seul, ils sont respectivement de 1,01 (0,84-1,21), 1,03 (0,89-1,18), 0,98 (0,86-1,12) et 0,93 (0,81-1,07).

Les auteurs concluent donc que le traitement substitutif de la ménopause par hormonothérapie combinée est associé à une diminution du risque de mortalité toutes causes confondues de 9 %. En revanche le traitement par estrogènes seuls n'est associé à aucun changement significatif.

Par l'ampleur de l'échantillon, les méthodes d'ajustement permettant d'éliminer une grande partie des facteurs de confusion et la longue période de suivi, cette étude présente une indéniable valeur.

Une analyse plus spécifique selon la nature et la posologie des médicaments prescrits ainsi que la durée du traitement aurait été instructive. Certains facteurs de confusion, tels l'âge lors de la survenue de la ménopause, la parité, le régime alimentaire ou l'activité physique n'ont pas été pris en compte.

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
Akter N et coll. : The effect of hormone replacement therapy on the survival of UK women: a retrospective cohort study 1984-2017. DOI : 10.1111/1471-0528.17008

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Vos réactions (2)

  • Avec le THS, une vie plus longue en meilleure santé !

    Le 02 décembre 2021

    Le sur-risque de cancer du sein avait freiné brutalement les prescriptions de TSH. Il apparait maintenant que le sur-risque de cancer du sein est faible chez les femmes à faible risque, que le TSH protège d'autres cancers gynécologiques, est protecteur cardiovasculaire (si administré par voie percutanée), traite l'ostéoporose, prévient de l'apnée du sommeil et améliore le déclin cognitif, etc...

    L'augmentation de la survie est confirmé par cette étude. Vivement que les gynécologues se remettent à prescrire ce traitement pour le plus grand bien des femmes qui n'en ont pas de contre-indications!

    Dr Agnes Glacet

  • Des facteurs confondants qui faussent les résultats

    Le 16 décembre 2021

    Je ne compte plus les études de type exposées non exposées qui montraient avant les essais randomisés, une augmentation d'espérance de vie chez les femmes ménopausées prenant un traitement hormonal. La totalité de ces études ont comme celle-ci des facteurs confondants qui faussent les résultats. Le gold standard, ce sont les ECR, car les facteurs confondants sont éliminés. Le jugement est sans appel le THM n'a d'intérêt que chez les femmes qui ont des troubles majeurs du climatère. Quant au risque de cancers, le THM classique entraine après 5 ans une augmentation des cancers du sein et des ovaires; le THM actuel associant Progestérone micronisée et œstradiol augmente le risque de cancer de l'endomètre au-delà de 5 ans( > 5ans : RR : 2.66 (1.87-2.77) Cohorte française E3N.

    Dr Alain Siary

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