Vaccination en Israël, c’est concluant !

La campagne vaccinale qui se déroule actuellement en Israël n’est pas encore totalement gagnée, mais un article récent publié en ligne dans le New England Journal of Medicine du 24 février (1) indique qu’elle est bonne voie. Les premiers résultats parus sur le site de prépublication. medRxiv (2) il y a 15 jours, ont suscité un vif intérêt et cette expérience historique a été considérée comme signifiante malgré quelques écueils méthodologiques. La publication qui suit va bien au-delà. Il s’agit pourtant d’une étude d’observation du type cas-témoins mais d’une telle envergure et d’une telle rigueur qu’il est difficile de ne pas la qualifier de concluante d’autant que ses résultats font écho à ceux de l’essai randomisé qui a permis au vaccin à ARN BNT162b2 mRNA (PfizerBioNTech) d’obtenir l’agrément de la plupart des agences du médicament de par le monde.

Plus d’un million de participants pour une étude de phase 4

De fait, cette étude relève de la phase 4 du développement des médicaments, permettant de valider leur efficacité et leur acceptabilité dans le monde réel quelque peu éloigné de la phase 3.

Idéalement, il ne doit pas y avoir trop de différences entre les résultats de l’une et de l’autre. Qu’en est-il dans le cas du vaccin PfizerBioNTech utilisé dans la campagne de vaccination menée en Israël ?

Le principe de l’étude a été des plus simples : comparer l’évolution au sein de deux groupes constitués entre le 20 décembre 2020 et le 1er février 2021 et appariés selon les caractéristiques cliniques et démographiques basales soit 596 618 patients vaccinés versus le même nombre de non vaccinés.

Les critères de jugement étaient la fréquence de survenue des évènements suivants :

(1) infection documentée par le SARS-CoV-2 ;
(2) forme symptomatique de la Covid-19 ;
(3) hospitalisation en rapport avec cette dernière ;
(4) forme sévère de la maladie ;
(5) décès.

Une analyse de type Kaplan-Meier a été utilisée pour estimer le risque correspondant à chaque éventualité en soustrayant le rapport de risque (RR) de l’unité (1-RR) déterminé par la comparaison intergroupe.

Au cours d’un suivi médian de 15 jours (écart interquartile, 5 à 25) ont été dénombrés 10 561 infections (0,6 pour 1 000 sujets-jours), dont 5 996 (57 %) formes symptomatiques. Une hospitalisation a été nécessaire chez 369 patients et dans 229 cas, il s’agissait d’une forme sévère de la maladie ; le nombre de décès s’est élevé à 41.

Taux d’efficacité de 94 % pour la prévention des formes symptomatiques

L’efficacité vaccinale (avec son intervalle de confiance à 95 %, IC) a par ailleurs été évaluée entre le 14ème et le 20ème jour après la première dose ; puis au moins sept jours après administration de la seconde.

Les résultats sont éloquents pour chacun des items précédents :

Efficacité                             post-dose 1    post-dose 2
Infection documentée 46 % (40-51)   92 % (88-95)
Covid-19 symptomatique 57 % (50-63) 
  94 % (87-98)
Hospitalisations 74 % (56- 86)   87 % (55-100)
Formes sévères 62 % (39-80)
  92 % (75-100)
Mortalité 72 % (19-100)   non estimée

L’efficacité vaccinale s’est avérée identique dans toutes les tranches d’âge, quel que soit l’item et légèrement plus faible en cas de comorbidités multiples (> ou = 3).

Comparable au taux de 95 % dans l’essai randomisé de phase 3 !

Dans l’essai randomisé qui a permis au vaccin d’obtenir son agrément, le critère de jugement primaire était défini par la survenue d’une forme symptomatique de la Covid-19 au moins sept jours après l’administration de la seconde dose : l’efficacité avait été ainsi estimée à 95 % au sein d’un effectif nécessairement plus restreint de 21 720 participants sélectionnés avec la rigueur qui sied aux essais contrôlés. Dans l’étude israélienne qui porte sur une population de près d’1,2 millions de participants, cette efficacité a été estimée à 94 % : c’est la confirmation attendue du bénéfice vaccinal dans le cadre d’une expérience grandeur nature et les conditions du monde réel où les critères d’accès au vaccin sont ceux de la pratique médicale courante.

Efficace aussi contre le variant « britannique » B.1.1.7

Il était écrit que l’expérience israélienne serait déterminante dans l’évaluation de l’efficacité du vaccin PfizerBioNTech : les résultats de cette gigantesque étude d’observation sont à la hauteur des espérances, avec les réserves inhérentes à cette méthodologie. La concordance entre ces derniers et ceux de l’essai randomisé princeps précédemment évoqué permet de les lever en grande partie et de conclure. Par ailleurs, dans les jours qui ont précédé l’extraction des données, le variant B.1.1.7 dit aussi britannique circulait abondamment en Israël où il représentait jusqu’à 80 % des souches isolées, ce qui confirme si besoin était l’efficacité du vaccin vis-à-vis de ce dernier.

Epilogue

Une vaccination de masse réalisée dans des conditions optimales n’est donc ni plus ni moins que la solution pour sortir des ténèbres engendrées par la pandémie de Covid-19 : encore faut-il disposer d’un nombre suffisant de doses et les administrer à un rythme « effréné » à l’ensemble de la population ce qui suppose une organisation hors pair dans une configuration qui va de pair. L’expérience éclairante de l’état d’Israël n’est donc pas transposable à tous les pays du monde. Elle n’en reste pas moins exemplaire et historique : la voie vaccinale est la bonne ce qui semblait intuitivement probable. La confirmation par les faits ne s’en imposait pas moins, étant entendu que les variants compliqueront la tâche, sans doute moins qu’on ne le pense car les vaccins à ARN permettent de s’adapter rapidement à l’ennemi à condition que l’intendance suive : facile dans certains états ou territoires « à taille humaine », beaucoup moins dans d’autres où les conditions géographique et démographiques sont moins favorables.

Dr Philippe Tellier

Références
(1) Dagan N et coll. BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine in a Nationwide Mass Vaccination Setting. N Engl J Med. 2021 ; publication avancée en ligne le 24 février. doi: 10.1056/NEJMoa2101765
(2) Rossman et coll. : Patterns of COVID-19 pandemic dynamics following deployment of a broad national immunization program. medRxiv ; publication avancée en ligne le 9 févreier.doi.org/10.1101/2021.02.08.21251325.

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Vos réactions (15)

  • Et un effet très probable sur le portage du virus...

    Le 01 mars 2021

    En dehors de la confirmation (bien que non randomisée) des principaux résultats d'efficacité, déjà connus, il me semble particulièrement intéressant d'observer la survenue d'infections asymptomatiques dans les deux groupes (dans l'addendum de la publication, Figure S5).

    Bien que le suivi par PCR n'ait pas été systématique et que le nombre d'individus observés diminue avec le temps, la tendance est visiblement en faveur d'un effet sur la survenue d'infections asymptomatiques : entre le jour de la première et de la deuxième injection(J21), le nombre de cas cumulés d’infections asymptomatiques observés est identique.
    Il diverge à partir de la deuxième injection et atteint un plateau à partir de deux semaines après la deuxième injection (J35). L'évolution de ces courbes est similaire à celle des critères de maladie symptomatique.
    Nous nous posons tous la question des avoir si les vaccinés pourraient continuer à porter le virus.
    Ces observations rendent optimiste.

    Dr Jean Caraux

  • Belle analyse pour beau travail

    Le 01 mars 2021

    La question de la TOLERANCE précoce avait été analysée ailleurs : EXCELLENTE.
    L'hypothêque allergique précoce aprés PREMIERE DOSE Pfizer-BioNTech avait été évaluée après 1 893 360 doses dans un autre travail : 21 patients avec réaction allergique
    • 3/21 : PAS d'antécédents allergiques connus
    • Délais moyen 13mn (2-150mn)
    • Mortalité 0
    • Clef : épinéphrine INTRAMUSCULAIRE (19 / 21) , et non atropine comme entendu ce soir (Pr Lina)
    Shimabukuro T, Nair N. Allergic Reactions Including Anaphylaxis After Receipt of the First Dose of Pfizer-BioNTech COVID-19 Vaccine. JAMA. 2021 Jan 21
    doi: 10.1001/jama.2021.0600

    La question de la TOLERANCE tardive pour cette plateforme novatrice : évaluation prématuré bien sûr. Supputations génomiques ou immuno-allergiques à mettre en miroir d’un bénéfice sanitaire mais aussi épidémiologique maintenant établi.

    Un point de détail : Le tableau 1 fait le distinguo «Juifs de base» , «Juif ultra-orthodoxe» (2%) , «Arab»(20%), loin de nos tergiversations nationales.

    Il reste probablement aux pionniers du groupe placébo des randomisations princeps à être … vaccinés.

    Dr JP Bonnet

  • Y'a bon le vaccin !

    Le 02 mars 2021

    Encore une étude bidonnée !
    Les chiffres données par l'OMS contredisent ces données: la situation en Israël s'était stabilisée avant le 20 décembre date de début de la vaccination Pfizer à 2800 cas covid /jour et 18 morts/jour.
    37 jours après les cas sont passés progressivement à 4900 cas et 69 décès /jour.
    Idem dans les Emirats, en GB, et au Portugal...
    Les Seychelles n'ont pas connu de décès covid, depuis le début de la vaccination (en 3è position %population actuellement ), les morts se sont démultipliés...
    STOP VACCIN MORTIFERE !

    Serge Rader (pharmacien)

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