Vers un élargissement des indications du tofacitinib à la spondylarthrite ankylosante

Le tofacitinib est un inhibiteur des Janus Kinases (JAK) qui se distingue, au sein de cette classe pharmacologique, par sa sélectivité vis-à-vis de JAK1, JAK2 et JAK3, tout autant que par son action anti-inflammatoire puissante. Ses indications potentielles sont actuellement limitées à la polyarthrite rhumatoïde, au rhumatisme psoriasique et à la rectocolite hémorragique. La spondylarthrite ankylosante (SPA) s’ajoutera-t-elle à cette liste ? Les résultats d’un essai de phase 3, mené à double insu contre placebo, plaident en faveur de cette éventualité.

Ont été inclus 269 patients atteints d’une SPA évolutive diagnostiquée selon les critères en vigueur et réfractaire à un traitement lourd comportant au moins deux anti-inflammatoires non stéroïdiens. Dans le groupe traité (n = 133), le tofacitinib a été prescrit à la dose quotidienne de 10 mg, en deux prises pendant 16 semaines, un placebo étant administré dans l’autre groupe (n = 136). Au-delà de cette période, tous les participants ont reçu le médicament, l’étude étant poursuivie en ouvert jusqu’à la 48e semaine.

Les critères d’efficacité primaires et secondaires étaient purement cliniques, en l’occurrence basés sur l’évaluation des symptômes au moyen de l’échelle ASAS (Assessment of SpondyloArthritis international Society), avec deux seuils définis respectivement par une amélioration ≥ 20 % (ASAS20) et ≥ 40% (ASAS40).

Rapport efficacité/acceptabilité favorable

Au terme de 16 semaines de traitement, le taux de réponses ASAS20 était près de deux fois supérieur dans le groupe tofacitinib (56,4 % versus 29,4 % dans le groupe placebo ; p < 0,0001). Cette différence intergroupe était plus marquée pour l’ASAS40, les valeurs correspondantes étant respectivement de 40,6 % et 12,5 % (p < 0,0001). Lors de cette première phase de l’essai, la fréquence de tous les évènements indésirables a été de 54,9 % dans le groupe traité et 51,5 % dans l’autre groupe : si l’on ne retient que les évènements sérieux, les valeurs correspondantes ont été respectivement 1,5 % et 0,7 %. A la 48ème semaine de l’étude, dans le groupe initialement traité par le tofacitinib (n = 133), ont été dénombrés trois cas de perturbations avérées du bilan hépatique (2,3 %) et quatre cas de zona dont un seul jugé sévère (3,1 %). Dans l’autre groupe, le passage du placebo au tofacitinib a été associé à la survenue de deux cas de zona bénin (1,5 %). En revanche, aucune complication grave d’origine cardiovasculaire, thrombo-embolique ou infectieuse n’a été déplorée.

Cette étude contrôlée de phase 3 incite à élargir les indications potentielles du tofacitinib. Le rapport efficacité/acceptabilité dans les formes évolutives de la SPA est ici favorable, mais d’autres essais seront nécessaires pour confirmer ces premiers résultats encourageants.

Dr Philippe Tellier

Référence
Dheodar A et coll. : Tofacitinib for the treatment of ankylosing spondylitis: a phase III, randomised, double-blind, placebo-controlled study. Ann Rheum Dis. 2021;80(8):1004-1013. doi: 10.1136/annrheumdis-2020-219601.

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