Vers une détection du cancer colorectal par prélèvement sanguin ?

L’incidence du cancer colorectal (CCR) est en progression continue avec 1,4 million de nouveaux cas et plus de 800.000 décès chaque année dans le monde. Pour la France, en 2018, il s'agissait du troisième cancer le plus fréquent (43 000 nouveaux cas/an) et du deuxième cancer en termes de mortalité, avec plus de 17 000 décès.

Dans le cadre du programme national de dépistage du CCR, il est proposé aux personnes âgées de 50 à 74 ans de réaliser un test immunologique de détection de sang occulte dans les selles tous les 2 ans [1] ; en cas de test positif, un examen invasif, la coloscopie, peut être proposé pour préciser le diagnostic.

Cependant, c’est chez les sujets plus jeunes, de moins de 50 ans, que ce cancer progresse le plus.

Augmentation des cas de cancer colorectal à début précoce

Le CCR à début précoce (EOCRC en anglais pour Early-onset colorectal cancer) a connu une augmentation alarmante dans le monde entier au cours des deux dernières décennies.

Aux États-Unis, par exemple, les taux d'incidence EOCRC ont presque doublé en 10 ans et aujourd’hui, 1 diagnostic sur 10 concerne une personne de moins de 50 ans. Ce taux grimpe aussi chez les Canadiens jeunes et d’âge moyen [2].

Parce qu’elles ne bénéficient pas de test de dépistage ou parce que leur médecin ne soupçonne pas nécessairement un cancer à leur âge, les personnes plus jeunes sont souvent diagnostiquées à un stade plus avancé de leur maladie [3].

Ces cas précoces, dont la fréquence augmente aussi en France, sont particulièrement préoccupants ; les patients plus jeunes semblent présenter au moment du diagnostic un stade plus avancé de la maladie avec des caractéristiques histologiques plus défavorables et un pronostic plus mauvais que les CCR des personnes plus âgées [3].

Or, même si l'incidence du EOCRC est en augmentation, les stratégies actuelles de dépistage sont encore mal définies. Il était donc nécessaire de proposer une stratégie de diagnostic précoce.

Face à ce défi, depuis quelques années, des recherches portent sur de nouveaux biomarqueurs en particulier les microARN* (miARN) qui permettraient une détection précoce des EOCRC [4, 5].

Une prise de sang pour rechercher des microARN spécifiques

L'objectif de l’étude présentée ici était de développer une signature de microARN* (miARN) circulants pour le diagnostic d’EOCRC [6].

Une approche systématique par l'analyse d'un ensemble de données de profilage d'expression d'ARN non codant accessibles au public a été utilisée.

Dans un premier temps, afin d’identifier les miARN dont l’expression était plus élevée dans les tissus de patients atteints d’un CCR, les chercheurs ont étudié les données de profilage de l’expression des miARN provenant de 1 061 personnes (42 sujets atteints d’un EOCRC, 370 d’un CCR d’apparition tardive, 649 sujets sans cancer dont 62 de moins de 50 ans, et 587 de 50 ans et plus).

28 miARN régulés significativement à la hausse ont été identifiés dans les échantillons de tissu de cancer colorectal, comparativement aux échantillons sans cancer, et 11 miARN régulés significativement à la hausse l’ont été dans les échantillons EOCRC.

Parmi ces 11 miARN, 4 étaient assez distincts les uns des autres et détectables dans les échantillons de plasma. Ainsi, un biomarqueur spécifique formé de quatre miARN a été identifié, permettant de diagnostiquer la présence d’un CCR.

Ce panel de miARN* a ensuite été validé dans des échantillons de sang de patients atteints d'EOCRC dans deux cohortes indépendantes (n=149) par rapport à des contrôles (n=110) et des échantillons de plasma pré/post-opératoire (n=22) par tests qRT-PCR.

De plus, le panel de miARN a identifié de manière robuste les patients atteints d'EOCRC à un stade précoce (p < 0,001). La diminution de l'expression des miARN dans les échantillons de plasma postopératoires indique leur spécificité tumorale.   

Les auteurs concluent que cette nouvelle signature miARN a le potentiel d'identifier les patients atteints de CCR (EOCRC et CCR d’apparition plus tardive) avec une grande précision.

Ils préconisent d’utiliser ce test dans le cadre des bilans de santé annuels, ou tous les 6 mois chez les sujets de familles à risque élevé. Ce test pourrait également être proposé avant la réalisation d’une coloscopie et ce serait sa positivité qui déclencherait l’examen.  

D’autres études, avec des échantillons plus importants, devront confirmer ces résultats très prometteurs.

*Les microARN sont des petits ARN non codants (de 21 à 25 nucléotides) ayant un rôle important dans la régulation post-transcriptionnelle des gènes. Ils inhibent l’expression de leurs gènes cibles en se fixant à leur partie 3’UTR, bloquant leur traduction ou leur dégradation. Ils sont de plus en plus utilisés en tant que biomarqueurs de certaines pathologies, dont les cancers, du fait de leur présence dans le flux sanguin et de leur grande stabilité (miARN circulants).

Pr Dominique Baudon

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