Vivre près d’une grande route, c'est dément ?

Une vaste étude canadienne publiée le 4 janvier sur le site de la revue britannique The Lancet, suggère qu’il existerait une association, certes tenue, mais une association quand même, entre le fait de vivre à proximité d’un grand axe routier et le risque de présenter une maladie d’Alzheimer. A ce stade cependant, le lien de cause à effet n’a pas été démontré.

L’enquête lancée le 1er avril 2001 (ce n’est cependant pas un poisson d’avril) et qui s’est terminée en 2012, a porté  sur la quasi-totalité de la population de l’Ontario, une province canadienne. L’objectif était de savoir si le fait de vivre près d’un grand axe routier augmentait le risque de sclérose en plaques, de Parkinson ou de démence neuro-dégénérative de type maladie d’Alzheimer.

Plus de 6 millions de sujets

La population cible a été divisée en deux groupes : un premier âgé de  20 à 50 ans (4,4 millions de personnes) pour évaluer le risque de scléroses en plaques et un second de 55 à 85 ans (2,2 millions  de personnes) pour mesurer le risque d’Alzheimer et Parkinson. Bien sûr ont été exclus en 2001, tous ceux souffrant déjà de ces pathologies là.

Grâce à des registres médicaux administratifs,  il a été possible d’établir qu’entre entre 2001 et 2012, 243 611 nouveaux cas de démence ont été diagnostiqués dans cette population, 31 577 maladies de Parkinson et 9247 cas de sclérose en plaques.

Pour évaluer la proximité des personnes de cette cohorte avec les grands axes routiers, les chercheurs ont utilisé leur adresse postale.

Les résultats révèlent que le fait d’habiter à proximité d’un grand axe routier n’augmente pas le risque de souffrir d’une sclérose en plaques ou d’un Parkinson. En revanche, le risque de démence pour ceux vivant à moins de 50 mètres d’axes à grande circulation  est augmenté de 7 %  par rapport à celui des personnes vivant à plus de 200 mètres (risque relatif : 1,07 IC : 1,06-1,08) ; il est plus élevé de 4 % pour ceux vivant à une distance de 50 à 100 mètres de ces grands axes, et de 2 % entre 100 et 200 mètres. Grâce à  des mesures par satellites, les chercheurs ont aussi pu mesurer les concentrations en différents polluants selon le lieu géographique. « C’est la première étude qui étudie l’association entre trois maladies neurodégénératives majeures et la proximité des grands axes routiers », précisent les auteurs.

Association ne signifie pas lien de causalité

Pour autant, existe-t-il un lien de causalité, et  pas seulement une association, entre le fait de présenter une démence neuro-dégénérative et celui de vivre à proximité d’un axe routier ? La réponse n’est pas évidente. Les chercheurs n’ont pas pu tenir compte dans leur calcul de certaines données individuelles qui n’étaient pas disponibles, comme le niveau d’éducation, le niveau socio-économique, ou encore la pratique d’un exercice physique ou le tabagisme. Par ailleurs, il apparaît aussi que le niveau d’exposition aux particules fines et au NO2 n’est pas totalement superposable à l’augmentation du risque. « Cela suggère que l’effet de l’exposition au trafic routier pourrait agir par d’autres facteurs comme le bruit » expliquent les auteurs qui reconnaissent que leur étude présente des limites.

En particulier, « Nous n’avons pas d’informations sur les médicaments qui pourraient influencer le risque d’Alzheimer, écrivent-ils. Par ailleurs nous manquons de données sur le statut socio-économique individuel, de cette population, même si nous avons fait des ajustements selon le statut socio-économique des différents quartiers. La force de notre étude cependant c’est qu’elle inclut une très grande population, pratiquement toute la population adulte de l’Ontario ».

Malgré leurs efforts pour limiter les biais, une des fragilités de cette étude, par ailleurs, menée dans des conditions très rigoureuses, est que le lieu d’habitation  est un  marqueur socio-économique très fort et pas seulement le reflet de l’exposition à la pollution atmosphérique.

Dans un éditorial accompagnant cette publication, Lilian Caldereron-Garciduenas (Université du Montana) et Rodolfo Villareal-Rios (Université de Mexico), saluent la qualité de ce travail : « Les découvertes de Chen et ses collègues ne sont pas  utiles uniquement pour améliorer la qualité de l’air urbain, mais pourraient apporter d’autres informations sur les mécanismes de la neuro-inflammation et la neuro-dégénérescence, écrivent-ils. Mais beaucoup de questions restent en suspens : Est-ce que ces résultats s’appliquent à toutes les populations quelle que soit leur origine ethnique ? Est-ce que les populations les plus défavorisées sont les plus concernées ? Quel est l’effet de l’exposition intra-utérin aux particules fines ? Pourquoi les femmes sont-elles plus affectées que les hommes ? Beaucoup de progrès restent à faire pour comprendre la pathogénèse des affections neurodégénératives, comme celle d’Alzheimer ».

Dr Martine Perez

Référence
Ref : Chen H, et coll. :Living near major roads and the incidence of dementia, Parkinson’s disease, and multiple sclerosis:
a population-based cohort study. Lancet 2017; publication avancée en ligne le 4 janvier. (http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(16)32399-6).

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article