Vomissements graves de la grossesse : faut-il avoir peur pour les enfants ?

L'hyperémèse gravidique (HG) est la forme la plus sévère des nausées et vomissements de la grossesse. Le plus souvent, ces symptômes surviennent précocement et disparaissent avant la 20e semaine, mais ils peuvent persister jusqu'à la fin de la grossesse. L'HG peut provoquer une importante perte de poids maternelle, une déshydratation, des troubles de l'équilibre électrolytique, et nécessiter une hospitalisation. La dénutrition in utero peut avoir des conséquences sur la santé de l'enfant, y compris à long terme.

Au moment de l'organogénèse, certains déficits spécifiques sont responsables de malformations (acide folique, vitamine K), et au-delà, des déficits sont responsables de troubles du neurodéveloppement (vit B12, acide folique, fer). Alors qu'il existe des preuves des effets néfastes de l'HG sur le nouveau-né, les conséquences à long terme, chez l'enfant ou l'adulte, sont moins bien documentées.

Dix-neuf études (sur 1 360 identifiées) ont été sélectionnées pour cette revue systématique, onze études de cohorte et huit études cas-témoin. Plus d'1,8 millions d'enfants ont été inclus, dont 36 546 enfants nés d'une mère atteinte d'HG.

Pas vraiment de risques accrus


- La méta-analyse de deux études (n = 619) a montré que l'anxiété (Odds ratio OR = 1,74 ; intervalle de confiance à 95 % IC =1,04-2,91) et les troubles du sommeil (OR = 2,94 ; IC =1,25-6,93) étaient associés de manière significative à l'HG.

- La méta-analyse de cinq études (n = 20 930) a retrouvé une augmentation du risque de cancer du testicule associé à l'HG (OR = 1,60 ; IC 1,07-2,39), malgré un niveau d'hétérogénéité élevé. Les quatre premières études, publiées entre 1979 et 1983, avaient trouvé chacune une augmentation non significative du risque, et la cinquième, plus récente (2015), n'avait pas retrouvé d'augmentation de celui-ci.

- Les six études qui ont évalué le risque de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA et TDAH) et les troubles du spectre de l'autisme (TSA) ont retrouvé une augmentation de ce risque, plus ou moins significative, chez les enfants des mères atteintes d'HG, mais le niveau d'hétérogénéité était trop élevé pour réaliser une méta-analyse.

- Une étude menée à Singapour a analysé la morphologie du cerveau des enfants nés de mères atteintes d'HG, et a retrouvé une diminution du volume du cortex comparé à celui d'enfants nés de mères non atteintes d'HG.

- Les études anthropométriques et cardio-métaboliques ont montré des résultats discordants.

Cette revue systématique ne montre pas de conséquences délétères chez les enfants, même si elle laisse suspecter la possibilité d'une augmentation des risques d'anomalies du neurodéveloppement et du risque du cancer du testicule. Le petit nombre des études incluses, leur grande hétérogénéité, les biais du diagnostic souvent rétroactif et plus ou moins précis de l'HG et des âges différents auxquels les enfants ont été suivis en limitent la portée.


Dr Catherine Vicariot

Références
Nijsten
K et coll. : Long-term health outcomes of children born to mothers with hyperemesis gravidarum: a systematic review and meta-analysis. Am J Obst Gynecol., 2022. 227(3):414-429.e17.
doi: 10.1016/j.ajog.2022.03.052.

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