Voyons l’évolution de la prévalence des dépressions

L’augmentation de la prévalence des dépressions dans le monde suscite des interrogations sur son mécanisme : ce constat traduit-il une réelle inflation des états dépressifs, ou reflète-t-il seulement leur meilleure détection clinique ? Dans ce contexte, une étude réalisée en République Tchèque examine les évolutions observées dans ce pays pour les dépressions des personnes de plus de 65 ans, en près d’une décennie, entre 2006–2007 (cohorte 1) et 2015 (cohorte 2). Cette recherche met à profit les résultats d’une étude plus vaste (Survey on Health, Aging and Retirement in Europe, Enquête sur la santé, le vieillissement et la retraite en Europe[1]) portant sur des sujets de plus de 50 ans dans 27 pays européens et en Israël, et s’appuie sur un modèle logistique de régression binaire [2] avec ajustement pour des covariables cliniques et sociodémographiques.

Diminution en 10 ans

Dans chacune des deux cohortes examinées, la prévalence des symptômes dépressifs s’élève respectivement à 28 % (cohorte 1) et à 22 % (cohorte 2), avec p < 0,001. La cohorte 2 est ainsi associée à une probabilité plus faible de symptômes dépressifs s’ajustant à toutes les covariables : Odds ratio OR = 0,77 ; intervalle de confiance à 95 % IC : 0,63–0,94.

Que l’on se base sur l’évaluation sur l’échelle européenne de dépression EURO-D scale[3] ou sur le traitement pharmacologique, la prévalence des dépressions a baissé de 4% entre la cohorte de 2006 (30 %) et celle de 2015 (26 %), avec p < 0,001. Cette cohorte de 2015 reste caractérisée par des taux plus faibles de symptômes dépressifs, après ajustement pour l’âge et le sexe, mais pas dans un modèle entièrement ajusté  : OR= 0,88 ; IC 0,73–1,07.

Association avec le niveau d’instruction et les revenus

Les auteurs notent que la différence de prévalence des symptômes dépressifs entre les deux cohortes est associée en particulier à une durée d’études plus longue et à un niveau de revenus du ménage plus élevé. Malgré une limitation concernant l’imprécision des données sur les traitements médicamenteux, cette étude menée en République Tchèque montre que la prévalence globale des symptômes dépressifs a diminué en une dizaine d’années chez les adultes âgés de plus de 65 ans et suggère qu’une augmentation substantielle du niveau d’éducation et des revenus pourrait réduire davantage les symptômes dépressifs.

[1] http://www.share-project.org/home0.html
[2] http://eric.univ-lyon2.fr/~ricco/cours/cours_regression_logistique.html
[3] https://www.researchgate.net/publication/12766195_Development_of_the_EURO-D_Scale-A_European_Union_Initiative_to_Compare_Symptoms_of_Depression_in_14_European_Centres

Dr Alain Cohen

Référence
Kucera M et coll. : Changes in depressive symptoms of older adults in the Czech Republic. Journal of Affective Disorders, 2020 ; 261: 139–144.

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