Césariennes : un luxe parfois dangereux

Paris, le vendredi 12 octobre 2018 – Le mythe de gynécologues-obstétriciens programmant des césariennes afin de ménager leur planning est régulièrement évoqué, mais relèverait plus de la légende que d’une pratique réelle. Cédric Grouchka, membre du Collège de la Haute autorité de santé française estime en effet que près de 60 % des césariennes en France sont réalisées en urgence, en cas de complications lors de l’accouchement, tandis qu’un peu moins de 40 % sont des interventions programmées pour raisons médicales et que moins de 1 % répondent à des motivations non médicales (dictées par les futures mères ou les équipes).

Niveau d’éducation

Dans d’autres pays, cependant, il ne s’agit nullement d’une représentation exagérée. Dans plusieurs pays à revenus intermédiaires, les césariennes se multiplient chez les femmes fortunées, notamment dans les cliniques privées. Ainsi, au Brésil, les césariennes concernent 54,4 % des naissances chez les femmes présentant un haut niveau d’éducation, contre 19,4 % pour les moins éduquées. D’une manière générale, dans le monde, le nombre de césariennes ne cesse de progresser. Cette tendance n’est cependant pas majoritairement liée à des situations médicales plus complexes (en raison notamment de l’âge plus élevé des mères dans de nombreux pays occidentaux) ou à l’amélioration de l’accompagnement à la naissance dans les états pauvres. C’est la progression des césariennes pour convenance personnelle qui est notamment à l’origine de cette évolution inquiétante, comme le signalent plusieurs articles publiés dans le Lancet, en se référant à des chiffres de l’OMS et de l’Unicef.

De 4,1 % en Afrique à 44,3 % en Amérique latine

Ainsi, le taux de césarienne a doublé dans le monde en quinze ans, passant de 12 à 21 % entre 2000 et 2015, alors que l’on estime qu’entre 10 et 15 % des accouchements doivent conduire (médicalement) à une telle intervention. Les disparités sont majeures entre les régions du monde : 4,1 % des naissances sont réalisées par césarienne en Afrique sub-saharienne, contre 44,3 % en Amérique latine et dans les Caraïbes (les taux sont de 18,1 % en Asie, de 26,9 % en Europe occidentale et de 32 % en Amérique du Nord). Si ces taux ont progressé fortement en Asie (passant de 7,2 % à 18,1 %), ils sont plus stables en Amérique du Nord et en Europe (la progression est de 2 % par an, mais les taux sont inchangés depuis plusieurs années en France, autour de 20 %). Dans quinze pays dont la République dominicaine, le Brésil, l’Égypte, la Turquie et le Venezuela, les pourcentages dépassent les 40 %.

Compétences des professionnels : une question cruciale

Face à cette situation, plusieurs gynécologues proposent dans le Lancet différentes pistes pour faire évoluer la situation. La question des tarifs, souvent plus avantageux en cas de césarienne que d’accouchement par voie basse, est notamment posée. Mais la formation des professionnels est également essentielle : pour les représentants du Congrès mondial de gynécologie (FIGO), c’est en effet entre autres le manque de compétences de certains professionnels qui les poussent à recommander la césarienne par peur de ne pas savoir prendre en charge certaines complications obstétricales… quand c’est également les trop faibles compétences qui empêchent certains praticiens de certains pays de la pratiquer même quand elle est absolument nécessaire à la vie de l’enfant et de la mère.

Aurélie Haroche

Références
Optimising caesarean section use. Lancet 2018, Publication avancée en ligne le 12 octobre
(https://www.thelancet.com/series/caesarean-section?utm_campaign=tlcsec18&utm_source=carousel)

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