Ebola en RDC : l’épidémie atteint un point critique

Kinshasa, le lundi 8 octobre 2018 – La région de Béni, au Nord-Kivu, est depuis plusieurs semaines l’épicentre d’une épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola qui a contaminé 161 personnes et en a tué 106. Pour y répondre, une campagne de vaccination a été déployée, reposant sur un traitement encore expérimental, qui a déjà concerné 13 700 personnes ayant été  en contact avec des malades et plusieurs dizaines de patients.

Il y a quelques jours, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghrebreyesus a prévenu : « nous sommes maintenant à un point critique de l'épidémie ».

De la méfiance…à la tentative de meurtre

Première difficulté majeure pour les professionnels de santé congolais et les missions humanitaires : la méfiance importante « de certaines familles (…). Un nombre restreint mais significatif de personnes refusent le suivi actif ou refusent d'être traitées dans les unités de traitement du virus Ebola ».

Pire encore, deux volontaires de la Croix-Rouge ont été grièvement blessés, mercredi dernier, victimes d'une agression survenue durant l'enterrement d'un cas suspect qu’ils supervisaient afin que soient respectées les règles d’hygiène nécessaires, qui entrent souvent en contradiction avec certains rites locaux.

Conséquence de cette méfiance violente : « nous assistons maintenant à la propagation du virus Ebola dans les zones rouges [inaccessibles car occupées par des groupes armés NDLR] et dans les zones limitrophes de l’Ouganda » a indiqué le directeur de l’OMS.

Le gouverneur du Nord Kivu montre l’exemple

Pour tenter d’apaiser ce climat, une dizaine de représentants officiels dont le gouverneur du Nord Kivu Julien Paluku se sont fait vacciner contre le virus Ebola devant la presse.

« Je voudrais rassurer la population sur le fait que le vaccin qu’on est en train de nous administrer sert à prévenir le développement de cette maladie afin que nous puissions y échapper. Je voudrais donc briser cette rumeur qui laisse croire qu’il y aurait des vaccins pour une catégorie de personnes et un autre vaccin pour la population qui serait condamnée à mourir. Ce sont là de fausses rumeurs distillées dans l’opinion qui mettent en péril la santé de la population », a-t-il déclaré.

Il tentait ainsi d’éteindre la polémique lancée par le député de Beni, Crispin Mbindule, qui affirme que le virus Ebola a été créé dans des laboratoires et déplacé de la province de l’Equateur (où le virus s’était déclaré en début d’année) vers le Nord-Kivu dans le but d’en exterminer la population…

Néanmoins, ces allégations n’ont pas empêché Crispin Mbindule d’accepter de se faire vacciner… après avoir été en contact avec des patients !

Quand les opérations ville morte sèment la mort

Le Dr NdjolokoTambwe Bathe, coordonnateur de la riposte contre la maladie à virus Ebola, a quant à lui tenu une conférence de presse à Beni pour exhorter la population à mettre fin aux opérations « journées ville morte » régulièrement organisées pour protester contre la guérilla. Ces mouvements désorganisent en effet la lutte contre Ebola dans tous ses aspects (recherche des cas, traitement, vaccination…).

Il a néanmoins fait valoir que selon lui, « contrairement à ce qui est souvent répété dans les médias, la population de la ville a été très coopérative avec les équipes de la riposte. Cette collaboration est à féliciter et à encourager. De plus en plus de contacts s’enregistrent volontairement auprès des équipes de vaccination, des patients se présentent volontairement au centre de traitement lorsqu’ils tombent malades et des familles endeuillées appellent les équipes d’urgence pour procéder à l’enterrement digne et sécurisé de leur proche. Les cas de résistance dans la ville de Beni sont en réalité concentrés autour d’une ou deux familles qui ont causé la propagation de l’épidémie à Butembo et Tchomia »…

Xavier Bataille

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