Alerte sur le dialysat au citrate : un vent de panique injustifié et délétère ?

Paris, le lundi 10 décembre 2018 – La semaine dernière, Le Monde publiait un article inquiétant évoquant un possible risque de surmortalité associé à un type de produit (le dialysat au citrate) utilisé pour la réalisation d’hémodialyse. Selon le quotidien qui se référait à des données préliminaires présentées en octobre par le docteur Lucile Mercalat au congrès de la Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT), le dialysat au citrate pourrait entraîner un « risque accru de 40 % de décéder prématurément ».

Données trop préliminaires pour toute décision définitive

Saisie par une association de patients (Renaloo), l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a conduit une réunion en urgence avec la majeure partie des acteurs concernés, au cours de laquelle Lucile Mercalat a pu exposer ses résultats. Les conclusions de cette rencontre marquaient une certaine distance avec le niveau de l’alerte lancée par Le Monde. Insistant sur la nécessité d’une information et d’une surveillance renforcées, l’ANSM estime en effet qu’il est pour l’heure prématuré de statuer sur la pertinence ou non de suspendre le dialysat au citrate.

Remplacement d’un produit nullement contre-indiqué

L’inquiétude et la défiance semblent cependant déjà installées. Dans une lettre datée du 7 décembre, la SFNDT signale en effet qu’un certain nombre de praticiens ont « pris le parti de remplacer le dialysat au citrate par un dialysat à l’acétate alors même qu’il ne s’agit absolument pas d’une recommandation établie par le groupe » réuni par l’ANSM. Si les praticiens demeurent « libres des prescriptions » qu’ils jugent utiles, rappelle la SFNDT, cette dernière insiste sur le fait qu’il n’est « en aucun cas aujourd’hui contre-indiqué d’utiliser un dialysat au citrate chez les patients pour lesquels vous estimez que ce type de dialysat peut avoir un intérêt ».

Du risque d’ébranler une confiance indispensable avec des informations non consolidées

Alors que cette affaire illustre une nouvelle fois les conséquences rapides de la médiatisation d’alertes sanitaires complexes, certains ne peuvent s’empêcher d’exprimer leurs inquiétudes. L’association de patients Ligue et Rein, qui indique dans une lettre publiée sur son blog le 7 décembre qu’elle a préféré décliner l’invitation de l’ANSM à participer à la réunion de crise, considérant son expertise insuffisante sur ce sujet technique, rappelle en effet le caractère indispensable d’un haut niveau de confiance pour l’observance du traitement par dialyse. « Dialyser n’est (…) pas une sinécure et demande au patient une volonté dans la prise en charge de ses soins (récurrente et obligatoire). Aussi faut-il qu’il ait confiance en son environnement médical » rappelle l’organisation. Dès lors, toute information susceptible d’altérer l’adhésion des patients aux traitements devrait être diffusée avec les plus grandes précautions. Il semble que Ligue et Rein considère que ces dernières n’ont pas toutes été prises en ce qui concerne le dialysat au citrate. L’association évoque ainsi la « panique » qui s’est emparée des dialysés. Une panique peut-être excessive compte tenu des recommandations pour l’heure édictées. « A la lecture des conclusions de la SFNDT (…) donc de la non contre-indication du dialysat, nous ne pouvons que regretter amèrement la promptitude de certaines personnes à réagir avec si peu de fondements » regrette l’organisation. Cette dernière s’interroge encore sur les intentions potentiellement sous-jacentes de l’association à l’origine du signalement, une organisation en effet très favorable à la greffe de rein. Elle questionne également sur les compétences de l’ANSM face à certains sujets très techniques – et d’aucuns considéreront que la remise en cause des autorités est un autre travers habituel dans ce type d’affaire ; qui reste à suivre.

Aurélie Haroche

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