Bientôt un regain d’activité pour les pharmacies frontalières de la Suisse ?

Genève, le mardi 7 novembre 2017 –Les prix élevés des médicaments chez nos voisins suisses représentent pour les dirigeants helvètes une préoccupation chronique. Une enquête de la Surveillance des prix, l’instance fédérale suisse chargée de vérifier les éventuels abus des prix des biens et services avait mis en évidence en novembre 2016 que comparativement à une quinzaine de pays européens, le prix moyen des génériques ne s’élève qu’à 41 % du prix helvétique. Concernant les médicaments princeps dont le brevet a expiré, le coût moyen est à 57 % du prix suisse. Face à cette situation, la Surveillance des prix avait formulé différentes recommandations. Elle suggérait notamment « d’exercer une pression accrue sur les prix excessifs », en permettant que les patients puissent se faire rembourser les médicaments achetés à l’étranger, si leurs prix s’avéraient moins élevés que sur le territoire suisse.

Maîtriser les coûts

Si quelques compagnies d’assurance, dont la CSS, ont suivi cette préconisation, le gouvernement ne s’y montrait guère favorable au printemps. Il avait alors adressé un rappel à l’ordre aux assureurs en indiquant que les médicaments achetés à l’étranger ne pouvaient être pris en charge par la solidarité suisse. Mais aujourd’hui, coup de théâtre : le Conseil fédéral vient en effet de présenter une série de 38 mesures destinées à une meilleure maîtrise des coûts de santé. Parmi elles, figure la possibilité d’organiser le remboursement des médicaments achetés à l’étranger. La proposition a été immédiatement commentée en Suisse. Du côté des assureurs et des responsables politiques, l’adhésion est marquée. « Nous réservons un accueil positif à une démarche qui permettrait le remboursement des médicaments achetés moins cher à l’étranger » a clairement répondu le responsable de la communication chez Assura, Karin Devalte, citée par le Temps.

Pharmaciens suisses qui pleurent, pharmaciens français qui rient ?

Chez les pharmaciens, bien sûr, les réactions sont bien plus mitigées. « Les conséquences seront très dommageables pour la branche. A terme, cela sonne la fin des pharmacies de quartier, dont 30 à 40 % connaissent déjà des difficultés financières » a ainsi alerté le pharmacien et député Jean-Luc Forni. Certains s’interrogent également sur la qualité de la dispensation des produits et sur la gestion des problèmes de responsabilité. « En cas de complication avec un produit importé, aucun organisme suisse ne peut être tenu pour responsable » met par exemple en garde la porte-parole du syndicat des entreprises pharmaceutiques Interpharma. Des imprécisions demeurent également en ce qui concerne le traitement des différences d’AMM et d’informations des patients (en Suisse, par exemple, les notices sont toutes traduites en trois langues). Si les pharmaciens suisses s’inquiètent, les pharmaciens frontaliers français pourraient se réjouir à la perspective d’un regain d’activité. Déjà, même sans remboursement, les achats par des résidents suisses ne sont pas rares dans les officines frontalières. « Plus d’un quart des médicaments périmés qu’on nous ramène sont français. Au total, on estime que 10 % du chiffre d’affaires file de l’autre côté de la frontière » évalue ainsi Jean-Luc Forni.

Aurélie Haroche

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