Objectif : multiplier par trois les dons d’ovocytes en France !

Paris, le lundi 6 novembre 2017 – Après avoir glorifié les "donneurs de bonheur" lors de précédentes campagnes, l’Agence de biomédecine réoriente son message d’incitation aux dons de gamètes en se concentrant sur les attentes et espoirs des couples souffrant de problèmes de fertilité. Une campagne qui vient de débuter relaye les témoignages d’une vingtaine de couples devenus parents grâce à un don d’ovocyte ou de spermatozoïde. Les récits des familles permettent de revenir sur la question du désir d’enfant, la gestion de l’échec, le regard des autres, le lien avec l’enfant et le sentiment de gratitude au moment de l’annonce de gamètes disponibles. Ces différents parcours doivent permettre aux donneurs potentiels de mieux mesurer l’importance de leur rôle et la souffrance qui peut être soulagée grâce à leur geste.

Des nullipares en renfort

L’objectif de la campagne est de faire progresser significativement le don d’ovocytes pour atteindre 1 400 dons par an (contre 540 en 2015). Concernant le don de spermatozoïdes, la progression espérée est moins forte : les demandes nécessitent de passer de 255 à 300 dons. Les nouvelles dispositions concernant les donneurs qui permettent désormais aux nullipares et hommes sans enfant de réaliser un tel geste (en conservant une partie de leurs gamètes pour une utilisation ultérieure potentielle) semblent avoir contribué à une légère hausse, de 8 % concernant les ovocytes et de 7 % pour les spermatozoïdes par rapport à 2014. Cependant, les multipares constituent encore la majorité des donneuses : 45 % de ces dernières attendent la naissance de leur deuxième enfant pour s’engager dans une telle démarche.

Dernière campagne avant de grands changements ?

L’enquête réalisée par l’Agence de biomédecine pour mieux connaître le profil des donneuses et des donneurs révèle par ailleurs que « Plus de la moitié des femmes (53 %) et des hommes (57 %) se sont portés candidats au don car sensibilisés au problème de l’infertilité par un couple de leur entourage en difficulté pour procréer ». Il a d’ailleurs été fréquemment rapporté que dans de nombreux services le fait pour un couple infertile de présenter une donneuse d’ovocyte permet d’améliorer son placement dans la liste d’attente. Loin de contrer cette pratique, un arrêté du 12 septembre dernier a semblé si ce n’est entériner tout au moins fermer les yeux sur cette pratique. Deux phrases présentes dans l’arrêté initial ont en effet finalement été retirées. « La personne souhaitant faire un don de gamètes est informée qu’en aucun cas son don ne constituera un avantage direct individuel dans la prise en charge du couple receveur qui l’a éventuellement sensibilisée. Le don relève d’une démarche altruiste permettant au centre de mieux répondre au besoin des couples infertiles qui se présentent ». La suppression de ce passage semble être un aveu déguisé du refus de mettre fin à un système qui pourtant égratigne le principe de "non réciprocité".  Sur cette question générale de la "gratification" de quelque manière que ce soit du don, les discussions de la future loi de bioéthique sont attendues. De même que seront sans doute discutées les potentielles conséquences de l’accès des couples de femmes à la PMA sur le nombre de dons nécessaires, sur l’organisation des listes d’attente et enfin sur l’impact éventuel de cette évolution sur l’engagement des donneurs.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Don d'ovocytes dirigé

    Le 12 novembre 2017

    Alors qu'il est parfaitement légal, et même recommandé, de donner un rein de son vivant à un receveur identifié et en particulier apparenté, le don d'ovocytes personnel reste interdit...

    Cette contradiction pourrait être facilement levée par l'autorisation du don d'ovocytes entre soeurs, voire entre amies, ce qui réduirait grandement la pénurie en question.
    Au nom de quelle idéologie cette interdiction incompréhensible persiste-t-elle ?

    Dr Patrick Giraud

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