Délivrance sans ordonnance par le pharmacien de médicaments à prescription obligatoire : l’Assemblée dit oui

Paris, le vendredi 22 mars 2019 – Ce jeudi, l’examen de la loi de santé à l’Assemblée nationale a été l’objet de vifs échanges.

Prescription pharmaceutique : c’est fait

Malgré toutes les réserves exprimées par le corps médical et leurs représentants syndicaux qui en faisaient un casus belli, ce qui est résumé rapidement sous le nom de prescription pharmaceutique a bien été voté en séance plénière avec l’appui de la majorité.

Si le texte est adopté définitivement après la navette parlementaire et qu’un décret est pris par le ministre, les pharmaciens pourront donc délivrer, sous certaines conditions, des médicaments normalement soumis à prescription médicale obligatoire pour des « pathologies bénignes ».

« Il n’est pas question ici de donner un droit de prescription aux pharmaciens » a néanmoins soutenu le député à l’origine de cette initiative, Thomas Mesnier : « l’objectif est de leur permettre, dans le cadre d’un exercice coordonné avec d’autres professionnels de santé, de pouvoir délivrer des médicaments selon un protocole mis en place par la Haute Autorité de santé (HAS), après une formation et avec une obligation de lien et d’information au médecin traitant ».

Dans le même esprit, un amendement a été voté qui prévoit de permettre aux pharmaciens et aux sages-femmes de prescrire directement certains vaccins.

Une médecine à deux vitesses

Il n’y a pas que chez les médecins que la prescription pharmaceutique suscite des oppositions.

Ainsi, le communiste Jean-Paul Lecoq a réclamé le retrait du texte évoquant « le risque d'une médecine à deux vitesses (…). Avec ce glissement des tâches entre médecins et pharmaciens, nous craignons que la médecine de droit commun ne soit réservée aux mieux lotis, ceux qui habitent dans les bons endroits, tandis que les citoyens relégués n'auront droit qu'à une médecine dérogatoire ».

De l’autre côté de l’hémicycle, le Dr Jean-Pierre Door (Les Républicains) a souligné « la prescription sans acte médical pose question (…) si on rentre dans cette démarche, on ne sait pas où cela s'arrête ».

Soucieuse de calmer les esprits, Agnès Buzyn a promis : « je vais m'employer à trouver un consensus entre pharmaciens et médecins, car nous n'avons pas pu, faute de temps, avoir une concertation sur le sujet ».

Agnès Buzyn : une corporatiste comme les autres ?

Outre ce débat sur la délivrance sans ordonnance de médicaments dont la prescription médicale est obligatoire, concernant la coercition à l’installation, les députés ont multiplié, comme de coutume désormais, les propositions et après trois heures de discussions, les paroles se sont acérées, en particulier vis-à-vis du ministre.
Le député socialiste, Guillaume Garot, en pointe sur le sujet l’a ainsi directement attaqué « si la coercition décourage les médecins, pourquoi il y a toujours des pharmaciens qui s'installent et aussi les infirmiers ? C'est toujours pareil. J'entends ici une défense corporatiste. Vous n'êtes pas ici entre confrères ! Nous sommes là pour faire entendre la voix des personnes qui souffrent ».

Agnès Buzyn n’a pas relevé l’attaque mais en a profité une nouvelle fois pour mettre en garde la représentation nationale quant aux effets contre-productifs de la coercition qui détournerait, définitivement, les jeunes médecins de l’exercice libéral.

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Suivre les dérapages

    Le 22 mars 2019

    C'est parti ! Zont intérêt à ne pas déraper, les potards !
    Et quid des assurances au cas où le "diagnostic" aurait été mal posé ?
    A suivre en espérant que seront publiés les éventuels cas de dérapages…

    Alain Cros (pharmacien)

  • Diagnostic ou non diagnostic ?

    Le 22 mars 2019

    Autoriser la vente sans ordonnance (non pas la délivrance, et encore moins la prescription) de certains produits listés, dans certaines conditions, il n'y a là rien qui puisse offusquer. A condition qu'il s'agisse de "cas de comptoir" et de médicaments définis de manière très restrictive.

    Les médecins seraient très hypocrites de prétendre que cela nécessite de conférer au vendeur une compétence diagnostique.
    Premièrement, il est tout à fait légitime de procéder à des mesures thérapeutiques particulières dans quelques situations où l'on ne dispose pas encore de diagnostic, mais où le bénéfice d'une prévention empirique est supérieur aux risques.
    Deuxièmement, les médecins ne se privent pas de prescrire (à tort le plus souvent des "traitements d'épreuve" sans avoir la moindre idée de la cause du tableau clinique.

    Le diagnostic est certes un art trop difficile pour les pharmaciens, puisque les médecins eux-même échouent très régulièrement à le pratiquer. Mais on peut donner parfois un traitement sans diagnostic certain, à condition qu'un protocole très rigoureux soit respecté.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Pifomètre

    Le 26 mars 2019

    Notre confrère ci-dessus nous expose qu’il pratique la médecine « pifométrique ». Ca le regarde et je n’accepte pas qu’il se permette d’inclure dans son cas les médecins sérieux.

    Dr Christian Courdy

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