Nutri-score en tête de gondole

Paris, le vendredi 3 novembre 2017 – Le dossier de presse du ministère de la Santé lui-même ne cache pas combien les étapes et années auront été nombreuses pour aboutir à la signature d’un arrêté dotant officiellement la France d’un étiquetage sur la qualité nutritionnelle des aliments. C’est en 2013 que la proposition « d’introduire un logo d’information nutritionnelle en face avant des emballages sur le marché français » est concrètement lancée. A l’époque, plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne se sont déjà dotés d’un tel système. Mais il faudra pourtant attendre 2017 pour que la France suive cette recommandation. Les années qui se sont écoulées auront été marquées par des querelles souvent picrocholines sur les performances des différentes méthodes d’affichage proposées, querelles non exemptes de conflits d’intérêt divers. Si les études semblaient pencher plus souvent pour le logo Nutri-score, développé par l’équipe du professeur Serge Hercberg, certains ont estimé que de nouvelles évaluations étaient nécessaires. Face à ces tergiversations, le gouvernement se refusa à trancher autoritairement et accepta de nouvelles discussions et expérimentations. Mais enfin, en mars 2017, une décision fut prise : le système Nutri-score était choisi et un arrêté a officiellement entériné cette option cette semaine.

Difficile de trouver des céréales de classe A

Nutri-score comprend cinq niveaux symbolisés par des couleurs différentes allant du vert foncé à l’orange foncé et de la lettre  A (« meilleure qualité nutritionnelle ») à E (« moins bonne qualité nutritionnelle »). Chaque lettre correspond à un score, établi en tenant compte de la teneur en « nutriments dont la consommation excessive nuit à la santé (comme le sel, les sucres et les acides gras saturés) et [en] nutriments positifs (comme les protéines, les fibres et aussi les quantités de fruits, légumes ou légumineuses incorporées dans les recettes ». Le score obtenu peut varier entre -15 (meilleure qualité nutritionnelle) et +40 (moins bonne qualité nutritionnelle). Ce résultat doit permettre aux consommateurs de s’orienter vers les produits qui au sein d’une même catégorie présentent la meilleure qualité. Pour certains types d’aliments, la classification est pertinente, quand on constate par exemple que 46 % des produits laitiers frais se voient attribués la note C, mais 19 % la note A et 26 % la note B. Mais pour d’autres catégories de produits, la répartition n’est pas aussi "équilibrée" : seules 8 % des céréales pour le petit déjeuner obtiennent le score A ou B, et 44 % sont affublées de la note D. Certains produits cependant échappent à l’évaluation : les aliments destinés aux enfants de 0 à 3 ans, les produits non transformés et les eaux.

Faut-il "stigmatiser" les céréales pour autant ?

L’utilisation de Nutri-score dépend du bon vouloir des industriels et des distributeurs. En dépit des arguments avancés par de nombreux spécialistes de santé publique, l’obligation ne s'est en effet pas imposée. Six marques et enseignes ont déjà accepté de recourir à ce dispositif : Auchan, Intermarché, Leclerc, Fleury Michon, Mc Cain et Danone. Mais d’autres ont fait le choix d’utiliser un autre système ou d’une absence d’information. Un certain nombre d’industriels considèrent en effet que Nutri-score conduit à une trop grande « stigmatisation » (!) de certains produits. Cependant, le fait que l’Europe se soit alignée sur la France en reconnaissant à son tour les meilleures performances de Nutri-score pourrait faire bouger les lignes. L’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) longtemps réticente face au système se montre désormais plus ouverte, depuis la confirmation européenne.

Afficher sa détermination à agir

Demeure la question de l’utilité et de l’efficacité de ces dispositifs d’information. Si différentes enquêtes conduites par les associations de consommateurs suggèrent une attente des acheteurs en matière d’information nutritionnelle et si certaines études ont suggéré que la présence de données sur la qualité des aliments avait une véritable influence sur les paniers des consommateurs, au début de l’année l’Agence nationale de sécurité en santé (ANSES) invitait à la nuance. Elle observait notamment que les systèmes tels Nutri-score n’offrent qu’une appréciation fragmentée de la question globale du régime alimentaire. L’ANSES constatait encore la portée limitée des études menées sur les systèmes d’information nutritionnelle « tant sur des variables quantitatives (…) que sur des variables qualitatives ». Néanmoins, en tant que manifestation d’une volonté d’action face aux enjeux de la mauvaise qualité nutritionnelle, cet affichage est un élément important, estiment la plupart des acteurs impliqués.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Une illusion administrative

    Le 05 novembre 2017

    Le nutri-score est un "machin", pour que le législateur politique puisse faire comme Ponce-Pilate, et ne résout en rien les dérives agro-alimentaires.
    En nutrition, rien n'est interdit ni autorisé, ad libitum. Seule la composition nutritionnelle développée serait utile pour orienter le choix du consommateur. Sans oublier que la "diététique idéale" est grandement variable selon les cultures, les scientifiques, et les sensibilités individuelles. La vérité unique est une illusion, une manipulation ou une méconnaissance...

    Dr Christian Trape

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