Lévothyrox : place à la justice spectacle ?

Paris, le jeudi 9 novembre 2017 – La scène est digne d’un film. Interpellé par les plaignants et face aux informations contradictoires qu’il reçoit, le juge décide de suspendre l’audience. Et séance tenante, suivi par une petite foule médusée, il sort et se rend dans la pharmacie la plus proche. Il présente une ordonnance en bonne et due forme afin d’obtenir une boîte d’Euthyrox (l’ancienne formule du Lévothyrox, dont 190 000 boîtes ont été importées en France). Il fait chou blanc. A l’exception d’un seul dosage, l’Euthyrox est absent et les indications de la pharmacienne ne sont guère encourageantes : son logiciel fait état d’une rupture de stocks. Les représentants des associations de patients jubilent : le juge a pu faire lui-même la constatation que leurs déclarations concernant les difficultés d’accès à l’Euthyrox existent réellement.

Peut-on cependant conclure que les déclarations des représentants du laboratoire Merck Serono signalant que 25 % des 190 000 boîtes mises sur le marché français début octobre sont encore disponibles soient totalement fausses ? Sans doute pas. Une opération de justice spectacle ne permet pas de répondre à cette question.

Pourquoi l’ANSM n’est-elle pas assignée ?

Que faut-il augurer de cette première audience concernant l’affaire Lévothyrox sur la suite des procédures judiciaires qui promettent d’être nombreuses ? Difficile d’établir un diagnostic, dans un contexte marqué qui plus est par un déferlement médiatique dont l’ampleur a été rarement atteinte. Une première réponse sera donnée le 14 novembre date à laquelle le tribunal de grande instance de Toulouse saisi en référé après l’assignation du laboratoire Merck Serono par une centaine de patients afin d’obtenir une remise sur le marché de l’ancienne formule du Lévothyrox donnera sa réponse. Cette dernière s’appuiera-t-elle principalement sur la petite expérience du juge Marc Pouyssegur ? Ou tiendra-t-elle également compte des éléments mis en avant par l’avocat des laboratoires Merck qui a rappelé notamment que le changement de formulation résulte d’une demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament et qui s’est interrogé sur la compétence du tribunal ? Le verdict sera l’objet d’une grande attention, de même que le suivi des autres assignations : une audience est prévue le 18 décembre à Lyon après le dépôt de plusieurs centaines d’assignations contre les laboratoires Merck Serono.

Quand même l’ancien Lévothyrox est blâmé

Parallèlement à ces épisodes juridiques, le battage médiatique ne s’apaise pas totalement. On notera dans ce cadre la publication hier dans le Progrès de Lyon d’un article assez éclairant sur les enjeux de l’affaire. Le journal relaie le témoignage d’une patiente de Dôle qui reçoit de nouveau l’ancienne formule du Lévothyrox et se plaint que ses symptômes n’aient pas disparu. La longue cinétique de la thyroxine (ancienne et nouvelle formule) n’est pas rappelée dans l’article pour tenter d’expliquer ce phénomène, tandis que ce témoignage suggère bien le caractère potentiellement contre-productif du retour de l’ancienne formule, qui non content de ne pas soulager l’ensemble des patients de leurs troubles, n’a nullement atténué la grogne médiatique.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Lévothyrox et hopital

    Le 12 novembre 2017

    Pourquoi pour des patients hospitalisés au long cours en structure hospitalière et consommateurs de Lévothyrox n’a t-on pas vu apparaître les effets secondaires allégués ? Parce qu’ils ne savaient pas que le produit était changé (parfois même la personne qui le donnait ne le savait pas) ?

    Dr Laurent Bodin

  • Si j'etais Merck Serono ...

    Le 12 novembre 2017

    ...je me retirerais du marché.
    Apres avoir obei aux injonctions de l'ANSM, et fabriqué la nouvelle formule, ce laboratoire a bien du merite de se laisser trainer dans la boue, pour un medicament dont les boites sont vendues entre 2 et 3 euros. Autant dire qu'il ne fait pas fortune.

    Dr Jean-Marc Juvanon

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