Non à la « guerre à la drogue » !

New-York, le lundi 18 mars 2019 – L’Organisation des nations unies (ONU) a adopté une nouvelle déclaration concernant la lutte contre les substances psychoactives illicites qui s’inscrit dans la logique de la « guerre contre la drogue », instaurée au début des années 70, logique qui ne se soucierait pas suffisamment de la prise en charge des consommateurs selon de nombreux spécialistes.

Faut-il poursuivre une politique en échec ?

La stratégie de la lutte contre la drogue semble avoir échoué comme le rappellent les plus récentes données, à bien des égards éloquentes.

Ainsi, ces dix dernières années, selon les chiffres établis par l’International Drug Policy Consortium (IDPC), un réseau de plus de 180 ONG, la culture du pavot à opium a augmenté de 125% et celle de la coca de 30%. Le nombre de consommateurs a pour sa part explosé pour atteindre 275 millions de personnes, soit une augmentation de 31% par rapport à 2009. Enfin, le nombre de décès (overdoses, VIH, hépatite C) liés aux drogues s’est élevé à 450 000 en 2015, tandis que plus de 800 nouvelles substances psychoactives ont fait leur apparition sur le marché mondial de la drogue dont le chiffre d’affaires est estimé entre 426 et 652 milliards de dollars. Pour de nombreuses organisations, françaises ou internationales, ces statistiques sont le nouveau signe de l’échec d’une "guerre" dont le principal fondement est la répression, y compris contre les consommateurs. On rappellera en effet que plusieurs milliers d’entre eux auraient été tués par les forces de l’ordre, notamment aux Philippines, ces dernières années.

Pourtant, la nouvelle déclaration de l’ONU ne fait état d’aucune mesure visant à réduire les violations des droits de l’homme commises au nom du contrôle des drogues. Concernant les consommateurs, seules « l’amélioration de la disponibilité des médicaments, la promotion des alternatives à l’emprisonnement pour usage, ainsi que l’amélioration de l’accès aux services de réduction des risques » sont évoquées.

Pas assez apparemment pour amadouer Michel Kazatchkine, ancien patron du Fonds mondial contre le SIDA, qui déclare dans la presse suisse : « la politique de prohibition (…) est  un échec colossal » dont le principal responsable est la Commission des stupéfiants de l’ONU qui « est obsédée par la prohibition ». 

Pourtant, il y a dix ans, Antonio Maria Costa ancien directeur exécutif de l’ONUDC (office de l’ONU contre la drogue et le crime) dénonçait déjà les impacts négatifs de la politique antidrogue menée à l’échelle mondiale…une vision que semble ne pas partager son successeur, Yuri Federov.

Xavier Bataille

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Vos réactions (1)

  • Une vision de nantis

    Le 18 mars 2019

    Tout ça c'est bien joli, mais « l’amélioration de la disponibilité des médicaments, la promotion des alternatives à l’emprisonnement pour usage, ainsi que l’amélioration de l’accès aux services de réduction des risques » ça représente un montant colossal de dépenses à la charge de la collectivité, c'est à dire au détriment des allocations disponibles pour les nécessiteux.

    Dr Pierre Rimbaud

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