Vaccination grippale en pharmacie : quel impact sur la couverture vaccinale ?

Paris, le mercredi 8 novembre 2017 – Depuis un mois, certains patients peuvent choisir de se faire revacciner contre la grippe en pharmacie, dans deux régions françaises, la Nouvelle-Aquitaine et Rhône-Alpes. L’opération semble rencontrer un succès important si l’on se réfère aux chiffres bruts : alors qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé indiquait le dimanche 22 octobre que 26 958 avaient fait ce choix en trois semaines ; ils sont aujourd’hui plus de 51 000.

Des exemples étrangers encourageants

Aussi encourageants soient-ils, ces chiffres ne préjugent pas pour autant un impact réel de l’opération sur la couverture vaccinale contre la grippe qui est aujourd’hui en France considérée comme largement insuffisante. Les expérimentations étrangères en la matière sont souvent concluantes. Ainsi, une étude conduite à Toronto en 2015 avait concerné les profils des patients vaccinés en pharmacie. Les analyses des auteurs conduisaient à affirmer que plus d’un quart des patients n’auraient pas été vaccinés en l’absence de la possibilité de le faire en officine. En France, la donne pourrait cependant être différente en raison des restrictions imposées dans le cadre de l’expérimentation. La vaccination par les pharmaciens n’est en effet possible que si le patient a déjà été immunisé antérieurement contre la grippe. Cette condition, regrettée par les représentants des pharmaciens, pourrait limiter l’impact réel sur la prévalence de la vaccination et l’opération consisterait alors principalement à un transfert de mission des infirmières vers les pharmaciens.

La vaccination en pharmacie séduit d’abord ceux qui sont acquis à la cause

Dans ce contexte, une enquête réalisée par Opinion Way par le groupement Giphar permet de mieux connaître la perception des Français concernant la vaccination par les pharmaciens. Cette enquête signale tout d'abord qu'un Français sur deux a connaissance de la possibilité de se faire vacciner contre la grippe dans certaines pharmacies. Concernant l'influence exercée par cette option sur leur choix de se faire vacciner, il apparaît que 34 % des Français indiquent que cette possibilité pourrait les encourager à se faire vacciner. On remarquera que le caractère attractif de la vaccination en officine est plus fort encore chez les diabétiques (44 % affirment que le fait que la vaccination soit organisée en officine pourrait les inciter à se faire protéger) et chez les personnes ayant déjà été vaccinées (56 %). Ces données suggèrent que la vaccination en officine séduit d'abord ceux qui sont déjà sensibilisés voire séduits par la vaccination, ce qui ne permet pas d'offrir de réponse définitive sur le poids de cette pratique sur la couverture vaccinale. Enfin on observera que manquent des données sur les motivations des pharmaciens ne participant pas à l'expérimentation. Outre des considérations organisationnelles, la persistance d'oppositions de principe ne doit pas être négligée. Elles sont par exemple exprimées par la pharmacienne Julie Cromer: "Je pense que vacciner en pharmacie peut être dangereux au niveau sanitaire. Les normes reçues du ministère ne sont pas claires et, pour la sécurité des patients, je ne vaccinerai que dans l’attente de nouvelles dispositions" explique-t-elle. Ces différents éléments incitent à attendre la poursuite de l'expérimentation et des chiffres mieux consolidés avant de pouvoir juger de son succès au-delà des données brutes à priori encourageantes.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Favorise le dialogue

    Le 08 novembre 2017

    La vaccination en officine a le mérite d'ouvrir le dialogue entre les équipes officinales et les 4 millions de personnes qui franchissent chaque jour le seuil des officines. Dans une stratégie de cocooning, ce dialogue est primordial.

    Laëtitia Hible

  • Manque de transparence

    Le 10 novembre 2017

    Madame Laëtitia Hible ne se présente pas : elle dirige 6 entreprises (6 mandats), son mandat principal est Président du conseil de surveillance au sein de l'entreprise S.A. COOPERATIVE GIPHAR "SOGIPHAR", bel exemple de manque de transparence ! Son analyse est elle très objective ?
    Un conflit d’intérêt manifeste et une caresse au monde pharmaceutique au passage.

    Ph. Delebecque, IDE en retraite .

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