Vaccination : la dérive du professeur Luc Montagnier

Paris, le mercredi 8 novembre 2017 – La conférence était annoncée depuis quelques semaines et suscitait une curiosité croissante mêlée d’un certain malaise. Les déclarations controversées du professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008 pour sa découverte du VIH, se sont multipliées ces dernières années. Promotion de médecines parallèles, y compris pour soigner les maladies les plus graves, remise en cause de l’innocuité des vaccins, adhésion à des thèses plus que douteuses : depuis plusieurs années déjà, la mort dans l’âme, beaucoup ont dû convenir que le chercheur ne mettait pas toujours sa notoriété au service des causes scientifiques et médicales les plus justes. Cependant, voir associé le nom de Luc Montagnier à celui du professeur Henri Joyeux, devenu ces deux dernières années, une figure incontournable des groupes anti vaccins, constituait une étape supplémentaire dans la déconstruction des idoles.

En territoire conquis

Le jour dit, au théâtre des Mathurins, Luc Montagnier et Henri Joyeux ont réuni une audience majoritairement acquise à leur cause, à l’exception de quelques journalistes amusés ou médusés. Le public est notamment composé de professionnels de santé, satisfaits de voir les deux orateurs prestigieux incarner leur cause et leurs inquiétudes concernant la vaccination. Face à cet auditoire, la rhétorique est toujours la même. « Nous ne sommes pas opposés à la vaccination » clament les deux orateurs. La phrase semble fonctionner comme un sésame permettant d’aligner ensuite les plus grandes inepties. Officiellement, c’est contre la vaccination obligatoire que les deux médecins s’élèvent. Mais ici point de discours philosophique sur le caractère paradoxal d’une contrainte présentée comme un outil destiné à restaurer la confiance, ni de discussions épidémiologiques destinées à nuancer la réalité de la baisse de la couverture vaccinale, voire même de l’adhésion des Français. Non, c’est une attaque en règle contre l’innocuité des vaccins à laquelle se sont livrés les deux médecins.

Mort subite du nourrisson : une thèse scandaleuse ?

Les praticiens n’ont notamment pas hésité à faire leur une idée qui fait recette au sein des groupes contre la vaccination : l’existence d’un lien supposé entre la mort subite du nourrisson et la vaccination. On a ainsi frôlé des déclarations surréalistes : « Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination » assène sans sourciller Luc Montagnier. On n’ose y croire : on ferme les yeux et on imagine la fureur moqueuse qui se serait probablement emparée du chercheur s’il y a trente ans un de ses étudiants s’était risqué devant lui à une telle argumentation : « On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle » ajoute-t-il ! Si la conférence de presse d’hier a offert une visibilité très regrettable à cette thèse et au fait que Luc Montagnier y prête foi, ce n’est en réalité pas la première fois qu’il se livre à de telles dérives.  « Une possibilité évoquée par des neurologues respectés serait que des vaccinations multiples déclencheraient chez l’enfant une tempête  de cytokines inflammatoires au niveau neuronal, sans que l’on puisse exclure par ailleurs le rôle cumulatif de facteurs génétiques et environnementaux à déterminer » développait-il récemment dans un texte publié sur le site de Mediapart. Personne ne viendra rappeler aux deux praticiens que le nombre de morts subites du nourrisson a considérablement diminué ces dernières décennies, tandis que l’on se décidait à coucher les enfants sur le dos et que le nombre de vaccins, comme ils le déplorent si fortement, progressait dans le même temps ! Les deux praticiens ne semblent nullement mesurer la dangerosité de telles déclarations ainsi assumées par deux personnalités (jadis) respectées : en brandissant le plus terrible cauchemar des parents, ils jettent un doute terrible sur les vaccins et risquent tout en même temps de décrédibiliser les véritables mesures de prévention de la mort subite du nourrisson.

Résistance à la loi !

Le reste des déclarations des deux spécialistes s’inscrit sur cette même ligne, flirtant avec le scandale, sous couvert d’arguments scientifiques. Henri Joyeux a ainsi proposé des pistes aux parents pour éviter la vaccination, en prétendant par exemple que leurs enfants souffrent de certaines allergies. « Des allergies, chez les enfants, il y en a beaucoup. Je ne dis pas (aux parents) qu'il faut dire que les enfants ont des allergies s'ils n'en ont pas, mais face aux allergies, les médecins ont la trouille de vacciner » a ainsi tranquillement avancé Henri Joyeux. Les deux orateurs ont fini par appeler à une « résistance » à l’obligation vaccinale qui entrera en vigueur l’année prochaine, une résistante pacifique, mais une résistance active. Car malgré leur adhésion affirmée à la vaccination, ni Luc Montagnier, ni Henri Joyeux n’ont indiqué contre quelles maladies il paraissait nécessaire selon eux de protéger les enfants.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (17)

  • Partialité

    Le 08 novembre 2017

    Aurélie Haroche n'est certainement pas professeur de médecine et encore moins prix Nobel de médecine. Je ne vois donc pas comment elle est capable de juger qu'il y a "dérive" d'un prix Nobel.

    Dr Bernard Albouy

  • Inepties

    Le 08 novembre 2017

    Il semble que les deux compères se soient lâchés devant un public qui leur était acquis pour rivaliser d'inepties...

  • Incroyable

    Le 08 novembre 2017

    Comment ne pas regretter nos vieux maîtres vieillissants qui devenaient de vieux sages respectés et qui savaient faire la synthèse de leur travaux scientifiques et de leur humanisme. A cette époque les médias n'avaient pas la puissance d'aujourd'hui.

    Dr Henry Daniel

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