HPV : appel de cinquante organisations pour une vaccination de toutes les filles et de tous les garçons

Paris, le vendredi 22 mars 2019 – Des Académies, dont celles de médecine et de pharmacie, des collèges professionnels notamment le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et le Collège national professionnel de pédiatrie, des sociétés savantes entre autres de dermatologie, d’hygiène hospitalière ou de Santé publique, des associations, des consortiums scientifiques, des syndicats, des groupes promouvant le dépistage, des personnalités médicales : cinquante entités phares du monde de la santé ont lancé un appel à une vaccination universelle contre les HPV. Dans ce texte diffusé depuis mercredi, elles incitent les pouvoirs publics à « organiser un dépistage efficace », « augmenter la couverture vaccinale des populations déjà ciblées » et surtout à « lancer la vaccination universelle, gratuite ou remboursée, sans distinction de sexe ou de risque, pour protéger filles et garçons ».

Une couverture vaccinale inférieure à 20 %

Aujourd’hui, en France, la vaccination contre les HPV n’est recommandée (et donc remboursée) qu’aux jeunes filles de 11 à 14 ans (avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans), aux homosexuels jusqu’à 26 ans et aux patients immunodéprimés. Ces préconisations restreintes associées à une promotion discrète de la vaccination par les pouvoirs publics et à la circulation de fausses informations et allégations de dangerosité par des anti-vaccins conduisent à une couverture vaccinale très basse : la couverture vaccinale des jeunes filles ne dépasse pas les 20 %. Non seulement ce taux est totalement insuffisant pour avoir une incidence sur des virus qui chaque année sont à l’origine de plus de 6 300 cancers, de 30 000 lésions pré-cancéreuses et de 100 000 diagnostics de verrues génitales, mais surtout il empêche la France d’envisager une éradication du cancer du col de l’utérus pourtant aujourd’hui atteignable à moyen terme comme l’ont mis en évidence différentes projections.

Convictions mais frilosité politiques

Pourtant, la volonté politique ne ferait pas totalement défaut. Ainsi, lors de ses vœux, Agnès Buzyn avait déclaré qu’elle était « à titre personnel » favorable à l’élargissement de la recommandation de la vaccination à tous les garçons. Du côté de la HAS dont les conclusions sur le sujet sont attendues, la présidente de la Commission technique des vaccins (CTV), Elisabeth Bouvet avait indiqué en juin dernier réfléchir à un élargissement de la recommandation vaccinale à tous les garçons et avait même considéré « Peut-être que si on propose un schéma de vaccination différent, l’acceptabilité du vaccin sera supérieure ». Cependant, comme le déplorent les cinquante associations, le retard de la France demeure, les déclarations d’intention des responsables politiques ou sanitaires peinent à se transformer en actes concrets. La réticence à l’idée de se heurter une nouvelle fois aux groupes anti vaccins particulièrement virulents sur ce sujet explique sans doute cette frilosité, d’autant plus que l’on ne rencontre pas nécessairement chez les médecins une adhésion sans nuance. Ainsi, rappelée par le Figaro, une enquête de l’INSERM en 2015 avait révélé que 60 % des médecins généralistes estimaient que l’on ne disposait pas de suffisamment de recul sur les risques éventuels. Les récentes turbulentes autour de la méta-analyse de la revue Cochrane ayant conclu à l’absence de nocivité du vaccin, analyse dont le manque de rigueur méthodologique et d’indépendance vis-à-vis de l’industrie a été dénoncée par un collaborateur historique de Cochrane auront sans doute contribué à un peu plus renforcer cette position de réserve.

Aurélie Haroche

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