Cabines de bronzage : une réglementation globalement mal respectée !

Paris, le mardi 7 novembre 2017 – Si en dépit d’appels répétés en faveur d’une interdiction des cabines de bronzage de nombreux spécialistes et sociétés savantes (et notamment de l’Académie de médecine), soutenus par les lecteurs du JIM, la France n’a pas (encore ?) choisi de suivre la voie brésilienne et australienne en la matière, la réglementation concernant ces dispositifs ne cesse d’être renforcée. De nouvelles réglementations ont ainsi été adoptées en 2013, 2014 et 2016.

Rien de nouveau sous le soleil

Cependant, comme le révèlent les enquêtes successives de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), les exploitants de cabines à UV peinent à respecter ces différentes normes. Ainsi, après une enquête réalisée en 2016 pour évaluer la conformité à la loi des instituts proposant des séances de bronzage artificiel mettant en évidence un taux d’ « anomalies » de 62 %, cette proportion est en hausse d’un point en 2017 selon les dernières données publiées hier par la DGCCRF.

Mauvaise volonté manifeste

L’interdiction des tarifs préférentiels et autres offres promotionnelles est une mesure qui a longtemps été plébiscitée par les spécialistes. Ces derniers ont finalement été entendus et ces pratiques sont impossibles depuis janvier 2016. Pourtant, la DGCCRF a pu constater la persistance fréquente « d’offres de prestation de service incluant l’utilisation à volonté, gratuitement ou à tarifs préférentiels, d’un appareil de bronzage ou la proposition de prix dégressifs » indique l’institution. Faut-il mettre ces irrégularités sur le compte du caractère récent de la mesure ? La DGCCRF semble plutôt y lire un signe de mauvaise volonté de la part d’une partie du secteur. « Les enseignes appartenant à une franchise ou à un réseau ainsi que les adhérents à un syndicat professionnel sont informés de l’interdiction mais réticents à l’appliquer » relève la direction. Une réglementation n’a en outre guère besoin d’être récente pour être méconnue. Ainsi, les dispositions datant de 1983 et 1987 concernant l’information du consommateur sur les prix sont elles aussi souvent mal appliquées, avec des « taux d’anomalie variant de 30 à 80 % selon les régions » indique le rapport.

Entre 20 et 80 morts chaque année en France

Cependant, quelques éléments apparaissent rassurants concernant le respect des obligations d’information sur les risques sanitaires associés à la pratique du bronzage artificiel. On ne trouve ainsi plus de fausses allégations sur les prétendus bienfaits sur la santé des UV artificiels, tandis que les avertissements obligatoires sont bien présents dans les centres, mais sont parfois encore absents sur les publicités sur internet. Par ailleurs, l’interdiction de l’utilisation des appareils par les mineurs est parfaitement respectée. Cette conformité est encourageante quand on sait que selon les résultats du Baromètre cancer 2010 3,5 % des moins de 18 ans admettaient avoir déjà eu recours aux marchands de soleil en dépit de l’interdiction. Au-delà, cette enquête signalait que 13,4 % des Français avaient déjà eu recours aux UV artificiels une fois dans leur vie et 3,5 % au cours des douze derniers mois. Un tiers des utilisateurs indiquent en outre s’y rendre plus de dix fois par an.

Ces pratiques ont des conséquences majeures pour la santé : une extrapolation réalisée par l’équipe de Mathieu Boniol (International PreventionResearch Institute) publiée en 2012 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire avait estimé que 4,6 % des cas de mélanomes cutanés peuvent être attribués à l’utilisation des cabines de bronzage en France, provoquant entre 19 et 76 morts chaque année (sur un total d’environ 10 000 cas).

Aurélie Haroche

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