Le « pont aérien » médical Dijon-Nevers est ouvert

Nevers, le vendredi 27 janvier 2023 – Ce jeudi, huit médecins ont été acheminés de Dijon par avion pour venir exercer la journée à l’hôpital de Nevers.

Lorsque Denis Thuriot, maire Renaissance de Nevers, avait présenté en novembre dernier son plan pour lutter contre la désertification médicale, beaucoup avait trouvé l’idée saugrenue. Pourtant, deux mois plus tard, elle se concrétise : ce jeudi, huit médecins exerçant à Dijon ont décollé pour Nevers dans un avion spécialement affrété par la mairie de Nevers. Arrivés à l’aéroport du chef-lieu de la Nièvre à 9h00, ils ont débuté leur service à l’hôpital de Nevers, avant de repartir pour Dijon à 18h, toujours en avion.

« Non, ce n’est pas farfelu, cela répond à un besoin » commente Denis Thuriot sur le tarmac de l’aéroport. La Nièvre est en effet l’une des régions françaises les plus durement touchés par la désertification médicale. « La densité médicale a baissé de 21 % dans la Nièvre entre 2012 et 2022, on a 68 médecins pour 100 000 habitants, contre une moyenne de 121 en France, 20 % des patients n’ont pas de médecin traitant » explique Jean-François Segovia, directeur du centre hospitalier de Nevers.

L’avion moins cher que les intérimaires

Nevers souffre de sa situation géographique, puisqu’elle possède « l’hôpital départemental le plus éloigné d’un CHU », à savoir celui de Dijon, explique Denis Thuriot. Pour se rendre de la capitale bourguignonne à Nevers, il faut 2h45 de train et 2 heures de train (et encore, la ligne de train va être fermé pour travaux en juillet pour au moins sept mois). « C’est l’argument qui m’a souvent été opposé : on veut bien venir à Nevers, vous avez un hôpital qui est moderne mais le temps de trajet pour rentrer chez moi ce n’est pas possible » développe le maire.

D’où sa décision de mettre en place un « « pont aérien » pour faire venir des « flying doctors ». « L’avion est le meilleur moyen de raccourcir les délais » constate l’édile, alors qu’un vol Dijon-Nevers ne dure que 35 minutes. L’opération a évidemment un cout : 5 400 euros le vol aller/retour, soit environ 670 euros par passager.

Mais pour le maire, cela reste moins que le coût engendré par l’embauche d’intérimaires pour faire tourner l’hôpital, qui exigent parfois jusqu’à 3 000 euros pour une garde de 24 heures. « S’y on s’y prend bien, qu’on se réorganise, on va même baisser le déficit de l’hôpital » espère le maire. Le déficit de l’hôpital est en effet de 6 millions d’euros, dont 3,5 millions consacrés aux intérimaires. L’édile espère que ce dispositif excepionnel pourra se renouveler tous les jeudi et même s’intensifier, avec l’utilisation d’un avion de 15 places et deux rotations par semaine.

Les écologistes vent debout

L’arrivée des médecins dijonnais ne fait pas que des heureux à Nevers. L’opposition municipale pointe notamment du doigt l’impact environnemental de ce pont aérien. « Un trajet en avion émet 1 500 fois plus de gaz à effet de serre qu’en train » accuse Sylvie Dupart-Muzerelle, conseillère municipale EELV de Nevers, qui rappelle que le gouvernement s’était engagé à supprimer les vols intérieurs lorsqu’il existe une alternative en train de moins de 2h30. « Je suis conscient des critiques sur l’empreinte carbone, mais il faut entendre toutes ces personnes qui appellent le 15 » lui répond le Dr Romain Thévenoud, l’un des médecins volants dijonnais, qui s’est fixé comme objectif de recréer SOS Médecins à Nevers.

L’affaire illustre en tout cas l’intensité de la désertification médicale dans certaines régions de France, qui pousse à adopter des mesures toujours plus étonnantes.

Quentin Haroche

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