La santé à bout de souffle dans le monde occidental

Paris, le mercredi 23 novembre 2022 – Pas un jour ne passe en France sans qu’un collectif de médecins ou de soignants, un groupe de patients ou de citoyens ne lance une alerte sur la dégradation de la qualité des soins dans notre pays et l’épuisement des professionnels de santé. Ce n’est sans doute nullement une consolation (contrairement à ce que suggère le proverbe populaire), mais si nous avions été tentés (comme souvent) de vouloir y voir un mal franco-français, il suffit d’observer nos plus proches voisins pour constater que partout les systèmes de santé semblent à bout de souffle.

Des médecins madrilènes stakhanovistes


Ainsi, ce lundi, les médecins généralistes madrilènes ont entamé une grève illimitée pour dénoncer leurs conditions de travail de plus en plus difficiles. Cinquante à soixante rendez-vous par jour pour une rémunération qui atteint en moyenne 53 000 euros par an (contre 92 000 euros en France), les praticiens sont soumis à un rythme effréné que les autorités peinent à reconnaître. Les solutions qu’elles proposent (comme la généralisation des téléconsultations dans les centres de soins primaires ouverts 24h/24) sont très loin de satisfaire les praticiens.

Et si l’absence de dialogue avec l’actuel ministre de la Santé (parfois comparé à Donald Trump) n’a fait qu’aggraver les tensions, la crise est bien plus ancienne et dépasse la seule région madrilène. Symptôme de cette dernière : entre 2011 et 2021, 18 000 médecins ont demandé leur certificat d’aptitude, sésame pour aller exercer à l’étranger.

Délais d’attente : le NHS renoue avec ses tristes défauts


Peu avant les praticiens espagnols, c’est en Grande-Bretagne que le désarroi des infirmières du NHS (National Health Service) s’est manifesté. Le Royal College of Nursing (RCN) a ainsi interrogé ses 300 000 adhérents : « êtes-vous prêts à faire la grève pour obtenir des hausses de salaire ? ». Une majorité d’infirmières a répondu favorablement : se dessine donc un mouvement qui, fait rare, pourrait concerner toute la Grande-Bretagne avant Noël.

Il faut dire qu’outre une baisse du pouvoir d’achat de 20 % des infirmières, le NHS dernier connaît à nouveau une crise profonde, après une réelle amélioration à la fin des années 2000 et son heure de gloire au plus fort de la pandémie. Mais aujourd’hui, toutes les failles du système éclatent au grand jour et la vieille institution renoue avec l’une de ses plus tristes caractéristiques : les interminables délais d’attente.

Ainsi, 6,5 millions de patients anglais sont aujourd’hui en attente d’un rendez-vous, tandis que la statistique qui est la plus commentée outre-manche concerne les 35 % de Britanniques qui doivent attendre plus de deux mois entre le diagnostic d’un cancer et la mise en place du traitement. La situation est aujourd’hui telle qu’un grand nombre d’établissements du NHS ne pourrait survivre sans le soutien de donateurs privés.

De l’Allemagne à la Suède, en passant par la Grèce et la Belgique : partout, la pénurie


Que l’on regarde en Allemagne et l’on découvre également des signes d’essoufflement avec un indispensable recours à la main d’œuvre étrangère. Pour cause, 35 000 postes de soignants étaient vacants fin 2021, ce qui représente une augmentation de 40 %. « La situation des personnels dans nos hôpitaux, nos maisons de retraite et nos centres de soins se détériore à vue d’œil. Si rien n’est fait, le système risque de s’effondrer », prévenait il y a déjà un an le président de la Chambre fédérale des médecins, Klaus Reinhardt.

Rien à espérer de mieux en Belgique où la pénurie de médecins n’a d’égale que celle d’infirmières : les hôpitaux ont ainsi largement participé à la journée de grève générale qui s’est déroulée il y a quelques semaines. Et plus loin, les situations sont également tendues, qu’il s’agisse de la Grèce, avec un exode de plus en plus marqué des médecins ou de la Suède pourtant souvent citée en exemple qui doit de plus en plus souvent se résoudre à fermer des lits, voire des unités pendant de courte période en raison d’un nombre insuffisant de personnel.

Une crise bien antérieure à la pandémie


Partout, les prémices de la crise se sont fait sentir bien avant l’épidémie de Covid, mais cette dernière a souvent accéléré les départs et en tout cas révélé au grand jour des manques qui ont une incidence majeure sur la qualité des soins, dans des pays qui ont toujours cru pouvoir bénéficier sans frein des progrès de la médecine.

Le monde occidental se réveille de cette pandémie en acceptant peut-être de reconnaître sa cécité et sa surdité face aux alertes de ses soignants. Mais pour beaucoup qui ont choisi soit l’exil soit d’autres activités, il est trop tard. Tandis que les états doivent désormais faire preuve de créativité et d’audace pour réinventer leurs systèmes de santé.


Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • On ira tous au paradigme

    Le 02 décembre 2022

    Ma grève ? Le congrès Asalée national à Paris. Enthousiasme, bienveillance, pas de jugement et pas d’experts : bref, l’inverse de tout le tintamarre habituel, avec un M Fatome qui vous explique ce qui est bon pour vous et un M Braun qui vous rase gratis... demain, bien sûr. Pas de Grenelle, de Segur, de Cnam etc... Des expériences et des solutions. Holacratie, on vous dit. Voila le nouveau paradigme.
    Et bien oui, la médecine libérale n’est pas morte, moi qui m’habillais pour l’enterrement, je crois que je vais continuer encore un peu !

    Dr Nicolas Rullière

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