La crise altère-t-elle la relation médecin/malade

Paris, le lundi 21 novembre 2022 – Sondage après sondage, la grande confiance des Français dans leurs médecins en particulier et les professionnels de santé en général est toujours au plus haut. Les applaudissements quotidiens pendant le confinement du printemps 2020 ou encore le soutien toujours affiché par nos compatriotes aux mouvements de grève et de protestation des soignants confirment la force du lien entre les médecins et les Français, entre les médecins et leurs patients.

Cependant, la crise actuelle de notre système de santé, qui touche frontalement l’hôpital mais également la médecine de ville ne risque-t-elle pas de miner peu à peu ce lien ? Plusieurs enquêtes et communiqués de ces derniers jours et semaines le laissent redouter.

Abandon et maltraitances


Ainsi, une étude de France Assos Santé début octobre faisait état d’un sentiment d’abandon de plus en plus prononcé des patients, et en particulier des personnes âgées, de celles en situation de handicap ou atteintes de troubles mentaux. « Manque de concentration du personnel », « personnel fatigué qui n’écoute pas », « épuisé, irritable », tels sont certains des commentaires recueillis dans le cadre de cette enquête qui révèlent comment la relation médecin/malade pâtit de plus en plus de la dégradation des conditions de travail.

Outre cette relation essentielle, la qualité du suivi serait également en danger. C’est une autre enquête conduite par le collectif Action Patients et dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière qui le signale. Ce sondage réalisé auprès de 1 700 patients et 300 soignants révèle qu’un malade sur deux a été confronté à des difficultés d’accès aux soins au cours des douze derniers mois, qu’il s’agisse de problèmes pour réaliser des examens de diagnostic, de reports de soins ou de délais de rendez-vous considérés comme anormalement longs.

Les soignants interrogés confirment cette situation : ils sont même 58 % à admettre qu’ils ont dû « proposer une prise en charge non optimale en raison d’un manque de ressources. Au total, 85 % des soignants considèrent que les conditions de prise en charge des patients se sont dégradées entre septembre 2021 et septembre 2022 et 75 % estiment qu’il en résulte des pertes de chances pour les patients » résume un communiqué d’Action Patients dans Libération.

Si ce dernier est loin de vouloir accabler les professionnels de santé, il note cependant : « Aujourd’hui, nombre de patients subissent des maltraitances liées non pas aux manquements intentionnels de personnels malveillants mais aux défaillances d’une institution hospitalière déshumanisante, dont la fonction atrophiée se réduit à éviter le pire ».

Obstruction corporatiste


Si dans cette alerte, la solidarité avec les professionnels de santé reste entière, l’alliance tend cependant ailleurs à se fissurer. Ainsi, jeudi, France Assos Santé s’est montrée très sévère vis-à-vis des médecins libéraux.

Alors que plusieurs syndicats ont déjà claqué la porte des négociations conventionnelles qui venaient de s’ouvrir, l’association de patients fustige : « Ces dernières semaines, dans le cadre du PLFSS et des négociations de la « convention médicale », (…) les syndicats de médecins se sont opposés à plusieurs mesures favorisant l’accès aux soins, prétendant refléter l’intérêt des usagers : la régulation des installations c’est non ! Les accès directs aux paramédicaux c’est non ! La primoprescription des IPA dans les structures d’exercice collectif c’est non ! » dénonce l’organisation.

Cette dernière y voit une « attitude d’obstruction corporatiste » et juge encore que « l’accès aux soins des usagers est (…) pris en otage par des syndicats de praticiens ». Bien sûr, la réponse de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) ne s’est pas fait attendre. Elle rappelle que les médecins ne « peuvent être tenus responsables des politiques publiques qui, depuis 40 ans, ont contribué à diminuer le nombre de médecins, aboutissant à la situation démographique d’aujourd’hui ».

Elle note encore que les praticiens ne sont nullement opposés à une coordination avec les autres professionnels de santé mais juge que le partage des tâches et les transferts de compétence ne peuvent se faire sans l’orchestration du médecin traitant. Enfin, confirmant la fissure dans les rapports entre représentants de patients et ceux des médecins, avec un certain manque de magnanimité, la CSMF achève son communiqué par cette pique : « Les droits et les devoirs sont l’affaire de tous, des médecins et des autres professionnels de santé, de l’Etat et de la Caisse d’Assurance Maladie mais aussi des patients. Plus de 50 millions de rendez-vous non honorés chaque année sont aussi une source de préoccupation pour chacun d’entre nous… ».

Bien sûr, ces enquêtes et ces communiqués ne sont probablement pas un exact reflet de la qualité des rapports quotidiens entre les médecins et leurs patients d’autant que la représentativité des associations de malades citées demeure bien problématique. Mais elles témoignent peut-être de la façon dont la crise commence à miner le dialogue et la confiance, une alerte supplémentaire qui doit être entendue par les pouvoirs publics.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article