Neuvième vague : avons-nous renoncé aux armes ?

Paris, le lundi 28 novembre 2022 – Grâce aux vaccins et à leur efficacité contre les formes graves, grâce aux stratégies médicamenteuses pour apporter une protection supplémentaire aux sujets à haut risque et aux personnes insuffisamment protégées par les vaccins, grâce au maintien dans la population d’un sentiment minimal de vigilance, la Covid n’a plus été en 2022 la menace pandémique inquiétante qu’elle fut lors des deux années précédentes.

Elle est devenue une maladie virale potentiellement sérieuse pour les personnes les plus fragiles et souffrant de comorbidités mais face à laquelle nous avions su développer des armes nous permettant d’éviter le pire, qu’il s’agisse de la paralysie des hôpitaux, de la flambée du nombre de morts ou des restrictions de liberté les plus importantes.

Abandon


Pourtant, voilà que se profile la neuvième vague et de nouveau de nombreux épidémiologistes tirent la sonnette d’alarme. Faut-il y voir le « jeu » habituel de ceux qui ont toujours cherché à attirer l’attention des populations ou des pouvoirs publics ou un message plus inquiétant ? Ce qui transparaît dans ces appels est en tout cas la constatation d’une forme d’abandon des différentes armes dont nous disposons face à l’épidémie (en excluant les confinements et autres restrictions de la libre circulation).

Nouveau variant


La flambée ne semble désormais ne plus faire aucun doute. Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, le nombre de nouveaux cas quotidien est en hause de 165,2% sur sept jours (chiffres arrêtés le 27 novembre). On constate par ailleurs que le taux d’incidence atteint 414,2, soit une augmentation en une semaine (du 17 au 24 novembre) de 34,3 %.

Santé Publique France note encore que le taux de positivité qui est de 26,2 % est en progression de 10,8 %. Si la tension hospitalière reste modérée, ne dépassant pas 19,6 %, elle est, elle aussi, en hausse : les admissions en soins critiques ont ainsi cru de 15 % en une semaine. Cette épidémie est notamment liée à un nouveau variant d’Omicron, BQ 1.1 un sous-lignage du BQ.1, lui-même sous-lignage du BA.5.

« BQ.1 est caractérisé par la mutation K444T et N460K, et BQ.1.1 porte en plus la mutation R346K. Ces mutations sont situées sur des sites importants de la protéine Spike, impliqués à la fois dans l'interaction avec son récepteur et dans la reconnaissance par les anticorps » expliquait Santé Publique France.

Aujourd’hui, BQ 1.1 représente « 39% des séquences interprétables au cours de l'enquête Flash S45 (7-13 novembre vs 29% pour Flash S43). Il y a une bascule du BA.5 vers le BQ 1.1 qui est en train de le remplacer. C'est un remplacement progressif, linéaire, qui n'a rien à voir avec le remplacement de Delta par Omicron (en décembre 2021, ndlr) mais il existe une variation antigénique qui fait que des personnes infectées par BA5 pourraient aussi être infectées par BQ 1.1 » relève le professeur Bruno Lina, membre du Covars cité par Le Progrès.

Rouvrir des centres de vaccination


La spécificité de ce variant est qu’il se manifeste fréquemment par des symptômes évocateurs d’une gastro-entérite, ce qui peut conduire à des défauts de diagnostic et donc éventuellement de prise en charge précoce pour les plus fragiles. Cependant, cette donnée est peu connue du grand public. D’une manière générale, les experts déplorent un manque de mobilisation, en particulier sur la vaccination.

Tel a été par exemple ce matin le principal message du Pr Brigitte Autran, présidente du Covars. Alors que le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire de Reims, Arnaud Robinet a appelé le gouvernement à permettre aux maires de prendre des arrêtés pour rétablir l’obligation du port du masque dans les transports, Brigitte Autran considère que la priorité des municipalités devrait être plutôt de rouvrir des centres de vaccination.

En effet, aujourd’hui, sur les 18 millions de personnes éligibles à une deuxième vaccination de rappel, seules 30 % ont suivi cette préconisation.  « Alors, bien sûr il faut réfléchir à l’obligation du masque mais il faut surtout réfléchir à la vaccination et surtout, il faut la rendre accessible, d’où le rôle des maires d’ouvrir des centres de vaccination », a insisté la présidente du Covars, sur le plateau de France 2.

Paxlovid : un dispositif sous-utilisé


Autre appel de Brigitte Autran : une plus grande utilisation du Paxlovid ; autre arme insuffisamment utilisée. « Il y a eu 15 000 prescriptions en octobre en France, c’est encore insuffisant », juge-t-elle. « Nous avons eu un départ compliqué et nous avons du mal à combler le retard. Les conditions de prescriptions dans les premiers mois étaient complexes. Par ailleurs, beaucoup de molécules n’ont pas tenu leurs promesses, contrairement à ce médicament», explique le Pr Paul Frappé, président du Collège de la médecine générale dans les colonnes du Figaro.

Les praticiens s’interrogent en effet souvent sur les règles à suivre quant au statut vaccinal des patients. Aussi, sur ce point, le Pr Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales plaide la simplification et espère être bientôt conforté par une recommandation des autorités sanitaires : « Aujourd’hui, nous conseillons aux médecins généralistes la prescription de Paxlovid chez les plus de 65 ans, quel que soit leur statut vaccinal ».

Mais la nécessité d’une prescription au maximum dans les cinq jours suivant l’apparition des signes de la maladie est un autre obstacle, notamment dans un contexte de méconnaissance des symptômes atypiques liés au variant BQ1.1. Sur ce point comme sur la nécessité du port du masque et la vaccination de rappel, beaucoup exhortent le gouvernement à une mobilisation plus forte.

Pédiatrie à bout de souffle


C’est surtout dans les hôpitaux que l’attente se fait sentir. Cette neuvième vague est en effet fortement appréhendée, alors que déjà les prémices de l’épidémie de grippe sont constatés, tandis que la couverture vaccinale semble cette année particulièrement basse. Or, les établissements sont déjà souvent à bout de souffle dans de nombreux services, notamment en pédiatrie.

L’épidémie de bronchiolite qui avait connu une relative accalmie liée aux vacances et aux jours fériés du début du mois de novembre entraîne de nouveau toujours plus de passages aux urgences et d’hospitalisations. Selon le dernier bulletin de Santé publique France, près de 2 552 enfants de moins de 2 ans ont été hospitalisés dans la semaine du 14 au 20 novembre, soit une augmentation de 26 % par rapport à la semaine précédente.

Dans les services de pédiatrie, les conditions de prise en charge sont de plus en plus difficiles. « Chambres dédoublées, rappel sur les repos, annulation de soins, saturation des box d’urgence par manque de place dans les services. Et toujours pas de réponse d’Emmanuel Macron » résume le Collectif Pédiatrie.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article