Biologie médicale : le bras de fer tarifaire continue

Paris, le vendredi 25 novembre 2022 – Les biologistes médicaux sont de nouveau appelés à la grève à compter du 1er décembre prochain, pour protester contre le coup de rabot budgétaire souhaité par le gouvernement.

Dans un communiqué publié ce jeudi, l’Alliance de la biologie médicale (ABM), qui regroupe les principaux groupes privés du secteur (Biogroupe, Cerballiance, Eurofins…) et les syndicats ont appelé les biologistes privés à se mettre de nouveau en grève à compter du 1er décembre prochain. Il s’agira du troisième mouvement social mené par les biologistes médicaux, après l’arrêt de la remontée des résultats des tests Covid-19 au système SI-DEP fin octobre et la grève menée entre le 14 et le 16 novembre dernier. L’objectif est toujours le même : protester contre la volonté du gouvernement d’opérer un coup de rabot budgétaire sans précédent sur la biologie médicale.

Le gouvernement a en effet inséré dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2023, actuellement débattu au Parlement, un article 23 qui prévoit de réaliser 250 millions d’euros d’économie sur la biologie médicale en diminuant la cotation des actes courants (hors tests Covid-19). Mais selon les syndicats de biologistes, ce sont en réalité 280 millions d’euros d’économie dès 2023 que le gouvernement souhaite réaliser et 1,2 milliards d’euros d’ici 2026. Pour le gouvernement, cet effort financier est justifié par les profits importants dégagés par le secteur avant et pendant la crise sanitaire : 900 millions d’euros de bénéfice en 2019, 1,6 milliard en 2020, 3 milliards en 2021.

Les biologistes prêts à faire 685 millions d’euros d’économie sur quatre ans


Les biologistes médicaux n’entendent pas être pointés du doigt comme profiteurs de guerre sans réagir. Selon eux, une baisse de la cotation des actes courants mettrait en péril le maillage territorial des laboratoires privés et empêcherait tout investissement en faveur de l’innovation. La cotation actuelle n’est, selon les syndicats, même pas suffisante pour couvrir leurs coûts qui ont été majorés par l’inflation. Si économies budgétaires il doit y avoir, elles doivent porter sur les bénéfices liés à l’épidémie de Covid-19, pas sur les actes courants.

Les premières négociations entre les biologistes et l’Assurance maladie ont rapidement tourné court, d’où la première grève de mi-novembre. Après ce premier mouvement « social », les syndicats ont finalement accepté de revenir à la table des négociations, après que le Sénat ait voté un amendement limitant l’effort budgétaire à 250 millions d’euros en 2023 portant sur les bénéfices liés à la Covid-19.

Ce mardi, en signe de bonne volonté, les membres de l’APM ont avancé une nouvelle proposition, consistant à réaliser 250 millions d’euros d’économie en 2023, puis 145 millions d’euros par an entre 2024 et 2026, soit 685 millions d’euros de baisse tarifaire, l’équivalent de 80 % des bénéfices réalisés par le secteur privé de la biologie médicale durant la crise sanitaire. Mais les syndicats n’ont reçu aucune réponse claire du directeur de la CNAM Thomas Fatôme, qui s’est contenté de les convier à une nouvelle réunion de travail et ont donc appelé à une nouvelle grève.

Biologistes, libéraux et internes : c’est la convergence des luttes !


C’est désormais une bataille de communication qui s’engage entre les biologistes et l’exécutif. Alors que le ministre de la Santé François Braun estime que ces grèves sont « inconséquentes, inadmissibles et contraires à la déontologie », la Pr Antoinette Lemoine prend à parti l’opinion publique dans une tribune publiée dans le journal Le Monde ce jeudi. Elle rappelle que, durant la crise sanitaire, « les Français ont pu compter comme jamais auparavant sur leurs laboratoires » et que le dépistage massif de la population n’aurait pas pu être mis en place sans le réseau de laboratoires privés. « En refusant de négocier avec les laboratoires privés un rééquilibrage de leurs recettes exceptionnelles, le gouvernement s’apprête à détruire cette force qui fait notre fierté » s’insurge la biologiste médicale hospitalière.

Rappelons que le 1er décembre est également la date prévue pour une grande grève des médecins libéraux, tandis que les syndicats d’internes appellent à des grèves les 11 et 12 décembre. Ce sont donc des semaines difficiles sur le plan social qui s’annoncent pour le ministre de la Santé.

Nicolas Barbet

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