Les femmes victimes d’endométriose cibles prioritaires des sectes d’après la Miviludes

C’est une alerte ciblée qui est lancée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Dans le sillage de son rapport d’activité annuel publié au début du mois, la mission interministérielle a publié le 18 novembre un communiqué afin d’attirer l’attention sur le sort des femmes souffrant d’endométriose.

Parce qu’elle constitue une maladie mal connue, mal diagnostiquée, particulièrement douloureuse et touchant l’intimité des femmes, l’endométriose constitue un terreau favorable pour le développement de dérives sectaires et d’approches pseudo-scientifiques.

Les femmes victimes à double titre


L’ampleur du phénomène était déjà connu, selon une analyse préliminaire de l’étude ComPaRe sur l’endométriose lancée en 2019 par Marina Kvaskoff, épidémiologiste à l’Inserm à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, 80 % des femmes atteintes d’endométriose ayant répondu à l’enquête ont eu recours au moins une fois à une pratique alternative comme l’ostéopathie, le yoga, la méditation ou la sophrologie.

Mais si les pratiques sont généralement réalisées dans le cadre d’un parcours de soins, la Miviludes s’inquiète grandement du développement de véritable parcours hors de tout contrôle par le corps médical. Pour la Miviludes, les femmes sont victimes à double titre de la maladie. : « médicalement, d’abord, par des charlatans qui exploitent leur détresse avec des remèdes ’miraculeux’, et surtout très onéreux. Spirituellement, ensuite, par le ’féminin sacré’ et son dévoiement du féminisme à des fins mercantiles. »

En novembre dernier, la cellule investigation de Radio France avait mis en lumière les thérapies « alternatives » en dehors de tout parcours médical. Sur les réseaux sociaux, et notamment sur Facebook et Instagram, des naturopathes ou spécialistes auto-proclamés proposent des services intitulés « Prendre soin du féminin », « coach bien-être endo » ou encore « transforme ta vie grâce à l’endométriose ». Certaines « consultations » font l’objet de facturation particulièrement onéreuses, allant jusqu’à 870 euros pour huit séances d’une heure en visioconférence.

De son côté, la Mission interministérielle relève la multiplication de petites structures dans les domaines de la santé, du bien-être et de l’alimentation. Les thérapies non conventionnelles se sont développées dans le cadre de la crise sanitaire et « portent un risque important en matière de santé publique ». Les mineures semblent particulièrement ciblées par les « gourous 2.0. » qui propagent leur doctrine sur les réseaux sociaux.

Près de 70 % des saisines en 2021 concernant la santé se rapportaient à des « pratiques de soins non conventionnelles telles que la naturopathie, le reiki, la nouvelle médecine germanique, etc. ».

« Féminin sacré » et culpabilisation des femmes


Outre la récupération « médicale » des patientes à des fins onéreuses, l’institution met également en avant les discours « spirituels » provoquant une récupération des femmes par des groupuscules sectaires. La mission appelle à une « vigilance particulière » face à un phénomène très « lucratif », et « en pleine expansion », qui « trouve un véritable succès sous couvert de l'émancipation des femmes ».

Au centre des interrogations, les pratiques autour du « féminin sacré » proposant une « reconnexion du corps de l’esprit ». Des stages qui atteignent « bien souvent des prix exorbitants », jusqu'à 1206 euros pour « un voyage au bout des sens », de 5 jours.

L’enquête menée par Radio France avait mis en lumière le rapport extrêmement culpabilisateur introduit par les « praticiens » prétendant guérir l’endométriose, présentée comme une maladie « révélatrice d’un dysfonctionnement familial » ou pouvant être guérie avec la seule volonté.

D’autres techniques inquiètent encore plus d’un point de vue médical, souligne le rapport. Comme celle de la « bénédiction de l’utérus », décrite comme une « technique énergétique qui cherche à harmoniser et synchroniser les énergies des femmes ». Plus de deux millions de femmes seraient touchées par de l’endométriose en France, autant de cibles de charlatans bien plus avides de gains que d’améliorer leur santé.

C.H.

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