Menace de grève des IVG : des sanctions demandées contre le SYNGOF

Paris, le mardi 19 mars 2019 – La semaine dernière, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens français (SYNGOF) provoquait un véritable tollé en annonçant dans un mail à ses adhérents la possibilité d’une grève des IVG pour protester contre le silence des autorités face aux problèmes de couverture assurantielle concernant aujourd’hui une quinzaine de praticiens. L’ensemble de la profession et les ministères de la Santé ont immédiatement dénoncé le caractère inacceptable d’une telle méthode. Dès le lendemain, le syndicat avait assuré qu’il ne mettrait pas sa menace à exécution et avait regretté d’avoir dû prendre le risque d’écorner son image (!) pour enfin faire entendre son message !

Pas d’autosaisie possible

Certaines militantes féministes refusent cependant que l’histoire s’arrête là, échaudées non seulement par cette initiative regrettable du SYNGOF mais au-delà par une attitude considérée comme faisant peu de cas des droits et de la santé des femmes. Ainsi, une vingtaine de femmes ont envahi hier le siège de l’Ordre des médecins, invitant l’institution à prendre des sanctions contre les responsables du SYNGOF. Vêtues pour certaines de blouses blanches tâchées de faux sang, les manifestantes ont bruyamment dénoncé « la prise en otage des femmes » par le SYNGOF. Cependant, même si l’Ordre des médecins a reçu près de 12 000 mails de réclamation demandant des sanctions contre le syndicat émanant notamment du mouvement Groupe F. et même si l’institution partage l’indignation de beaucoup, Walter Vorhauer, secrétaire général de l’Ordre a rappelé qu’il ne pouvait s’auto-saisir.

Un syndicat majoritaire mais qui dérange de plus en plus

Soulignons qu’au-delà de cette action volontairement spectaculaire de certains groupes féministes, de nombreux gynécologues prennent de plus en plus leur distance avec le SYNGOF et ses prises de position. Au lendemain cet automne des déclarations de Bertrand de Rochambaud sur l’IVG assimilé à un homicide, Paul Cesbron, ancien chef de service de la maternité du centre hospitalier de Creil avait ainsi estimé dans les colonnes de Causette qu’il s’agissait d’un « syndicat corporatiste » et « réactionnaire ». Aujourd’hui, la pseudo menace de grève de l’IVG éloigne encore davantage certains praticiens de l’organisation. Chef du service d’obstétrique de l’hôpital Américain de Paris et membre du CNGOF, le docteur Amina Yamgnane s’inquiète ainsi de la répétition des attaques contre l’IVG. « Ce qui est très gênant de la part de ce syndicat, c’est qu’ils n’en sont pas à leur première polémique. On voit bien comment leur choix d’attaquer l’IVG est leur volonté politique et stratégique (…). Ce syndicat s’est mis hors jeu tout seul » analyse-t-elle auprès des journalistes de France TV Info, déclarant encore avoir « honte » que certains de ses confrères puissent ainsi « dire des choses pareilles au sujet de notre engagement vis-à-vis des femmes ». Si jusqu’à aujourd’hui ces dérapages n’ont pas empêché le SYNGOF de continuer à demeurer leader auprès des gynécologues, une volonté émerge depuis quelques temps au sein des nouvelles générations de proposer d’autres organisations représentatives.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Très intéressant

    Le 19 mars 2019

    L'illustration de l'article me paraît bien adaptée cette fois. Effectivement c'est une prise d'otages et les femmes sont mieux placées que tous les Bertrand de Rochambaud du monde pour savoir s'il s'agit d'un homicide. La définition a déjà été posée.
    J'apprécie que l'auteur soit une femme aussi et que l'image de ce syndicat soit auto-écornée.
    Cela rejoint ma question concernant les déserts médicaux : publique ou privée la médecine est un besoin sinon un service public. On ne peut pas prendre en otage une part de la population impuissante, que ce soit les femmes en demande d'IVG ou les habitants des zones méprisées.

    Dr Didier Marc Poisson

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