Intoxications alimentaires microbiennes : près de 5 millions de cas et 400 morts

Paris, le mercredi 10 janvier 2018 – La qualité de l’alimentation s’étant nettement améliorée ces dernières décennies, certains pourraient oublier que le risque d’intoxications n’appartient pas encore au passé. Rares, compte tenu du nombre de mets consommés quotidiennement dans notre pays ces intoxications peuvent cependant être sévères. La récente contamination de laits infantiles par une souche spécifique de salmonelle ou le décès d’une femme après la consommation d’huîtres sont venus nous rappeler, comme d’autres évènements similaires, la dangerosité de certains agents pathogènes et leur difficile traque.

Des estimations épidémiologiques toujours difficiles

Pour renforcer la surveillance, les contrôles et les mesures de protection, une connaissance précise des agents en présence, de leur mode de transmission et de leur dangerosité sont essentiels. Dans ce cadre, des chercheurs de Santé publique France (SPF) ont conduit une estimation plus précise que par le passé. Leurs efforts se sont concentrés sur « le nombre annuel de cas symptomatiques, de cas hospitalisés et de cas décédés pour 21 agents pathogènes (10 bactéries, 3 virus, 8 parasites) transmis à l’homme par l’alimentation, en France métropolitaine, sur la période 2008-2013 ». Si différentes sources de données existent, notamment la déclaration obligatoire (DO) et les Centres nationaux de référence (CNR), les obstacles sont néanmoins multiples. La sous déclaration, le sous-diagnostic et le fait également que certains agents pathogènes ne sont pas uniquement transmis par voie alimentaire sont les principales difficultés rencontrées par les épidémiologistes. Pour les contourner, les auteurs ont multiplié les sources d’information : utilisant par exemple les données de la littérature (qui peuvent ne pas parfaitement s’appliquer à la France en raison d’habitudes alimentaires parfois différentes), recourant à des avis d’expert (par exemple pour le virus de l’hépatite E ou pour évaluer les coefficients à appliquer pour contrer les phénomènes de sous diagnostic ou de sous déclaration de certains agents) ou encore en se basant sur les chiffres du PMSI. Les auteurs résument ainsi leur démarche : « Différentes approches et hypothèses ont été utilisées, en fonction des sources de données retenues pour chaque agent pathogène. Ces choix impactent les estimations finales et les incertitudes qui y sont associées. Ces différences doivent être prises en compte dans la comparaison des estimations du poids des différents agents pathogènes entre eux, ainsi que dans la comparaison avec les estimations réalisées dans d’autres pays industrialisés. Ces résultats ne sont pas comparables à des estimations françaises plus anciennes, basées sur les données des années 1990-2000 qui avaient permis d’estimer le nombre de cas confirmés en laboratoire pour plusieurs agents pathogènes, sans inclure les cas non diagnostiqués », relèvent-ils.

Plus de 250 décès chaque année

En dépit de ce travail légèrement différent, on retrouve dans le trio de tête des trois agents provoquant le plus d’infections alimentaires, un groupe de malfaiteurs bien connus : les norovirus, Campylobacter spp et Salmonella spp. Les norovirus sont ainsi responsables de 34 % du nombre total d’intoxications alimentaires ; suivis par Campylobater (26 %) et par Salmonella spp (12 %). Cependant, qui dit fréquence, ne dit pas forcément virulence. Ainsi, bien que rare, Listeria. monocytogenes est redoutable : à l’origine de moins de 1 % des troubles d’origine alimentaire, il est pourtant responsable de 25 % des décès. Au total, les agents pathogènes étudiés sont à l’origine de 4,9 millions de cas symptomatiques (entre 4,2 et 6,2 millions), dont 42 800 ont entraîné une hospitalisation et 376 décès (entre 344 et 500). Une origine alimentaire apparaît confirmée pour 1,5 millions de cas, 17 600 hospitalisations et 256 décès (entre 232 et 358).

L’hygiène toujours primordiale

Ces résultats conduisent les auteurs à rappeler l’importance d’une communication soutenue sur les mesures d’hygiène à respecter pour tous les acteurs. Concernant notamment les norovirus, ils jugent essentiel de « continuer à sensibiliser le personnel de cuisine sur le risque fécal-oral et sur le respect des bonnes pratiques d’hygiène lors de la manipulation des aliments. Au niveau familial, les règles d’hygiène doivent être respectées scrupuleusement en cas de présence d’un malade au sein du foyer ». Ils soulignent encore que vis-à-vis de Salmonella spp et Campylobacteur spp, les chiffres « indiquent que ces deux bactéries doivent rester prioritaires pour la surveillance et la mise en œuvre des moyens de prévention et de contrôle ».

Ce n’est pas la crise actuelle des laits infantiles qui démentira la pertinence d’une telle préconisation.

Aurélie Haroche

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