Zika : les voyages dans les zones infestées déconseillées aux femmes enceintes

Paris, le jeudi 28 janvier 2016 – L’inquiétude s’installe partout dans le monde face au virus Zika. En France, en raison notamment de ses départements et territoires d’outre mer, dont certains sont déjà touchés, la vigilance est extrême. Les complications neurologiques associées au virus Zika notamment chez la femme enceinte (suspicion de cas de microcéphalie) et au-delà pour l’ensemble de la population (notamment syndromes de Guillain-Barré et autres complications chez le nouveau-né) explique cette attention renforcée des pouvoirs publics. Ainsi, depuis hier, le ministre de la Santé s’adresse aux femmes enceintes et à celles ayant un projet de grossesse. Concernant celles vivant dans les zones touchées, « une information spécifique sur les malformations congénitales et les autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika sera assurée par les professionnels de santé. Un suivi médical et une prise en charge renforcée seront mis en place pour toutes les femmes enceintes dans les zones d’épidémie » indique un communiqué du ministère de la Santé. Concernant les femmes ayant un projet de grossesse ou enceintes souhaitant se rendre dans les zones concernées par le virus, le discours du ministre s’est fait solennel : « Dans des cas limités, la maladie peut-être très grave (…). Je veux dire très fortement aux femmes qui sont en métropole sur le territoire français et qui ont prévu d’aller en Guyane, en Martinique ou dans les territoires d’outre-mer, si elles sont enceintes, je leur recommande de différer leur voyage. Il y a un enjeu de santé publique » a-t-elle insisté ce matin au micro de France Info. Soulignons que les mêmes conseils ont été émis aux Etats-Unis.

Cibler les gîtes larvaires et déployer les moustiquaires

Au-delà de ces recommandations lancées aux femmes, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a réactualisé ses recommandations « visant à une meilleure connaissance du Zika et de ses complications, la mise en place de mesures de prévention par la protection individuelle et collective contre les piqûres des moustiques vecteurs et une prise en charge prioritaire des femmes enceintes ». Ainsi, sont entre autres vivement souhaitées l’information des professionnels de santé et la mise en place d’une surveillance épidémiologie et clinique étroite ainsi que « d’un système de surveillance et d’alerte spécifique à la détection d’anomalies congénitales neurologies ou non ». Le HCSP insiste par ailleurs sur « l’importance de l’élimination des gites larvaires et de l’adoption de mesures de protection individuelle ». A cet égard, la pulvérisation de deltaméthrine dans les logements des personnes atteintes est fortement recommandée, tandis que l’utilisation de moustiquaires imprégnées à la perméthrine, l’alpha-cyperméthrine ou la deltaméthrine, notamment pour les femmes enceintes, est préconisée.

Plus d’un millier suspects de cas en Martinique

La plupart de ces recommandations sont aujourd’hui appliquées ou en cours de mise en place dans les zones d'Outre mer françaises concernées.  Concernant l’information des professionnels de santé, l’Institut national de veille sanitaire (INVS) propose plusieurs documents permettant l’identification des cas suspects. On rappellera que le virus Zika, qui appartient à la famille des Flaviviridae et qui se transmet par les moustiques Aedes (dont albopictus qui sévit dans une trentaine de départements en France et dans plusieurs régions européennes) n’entraîne le plus souvent aucun symptôme (les formes asymptomatiques concernerait 70 à 80 % des cas). Mais l’infection peut cependant également se manifester par une « éruption cutanée (exanthème maculo-papuleux, voir prurit) avec ou sans fièvre même modérée. Les autres signes décrits au cours de cette infection sont : fatigue, douleurs musculaires et articulaires, conjonctivite, maux de tête et douleurs rétro-orbitaires. Il est difficile, sur ces seuls symptômes, de faire un diagnostic, notamment lorsque coexistent dans la zone d’autres arboviroses telles que la dengue ou le chikungunya » remarque l’INVS. Concernant la veille épidémiologique, cette dernière confirme que la situation est la plus problématique en Martinique où au 21 janvier 1 255 cas évocateurs ont été rapportés et 102 ont été confirmés. Dans les autres DOM-TOM, c’est en Guyane que le virus est le plus présent, sans que le seuil épidémique ait été encore atteint.

Microcéphalie : des investigations plus poussées nécessaires

Au-delà, on le sait, sur le continent américain, vingt pays et territoires sont touchés, depuis l’apparition des premiers cas au Brésil au printemps 2015. Jamais avant 2013, le virus Zika identifié dès 1947 en Ouganda dans la forêt dont il tire son nom, n’avait provoqué une telle épidémie. Surtout, la suspicion d’un lien avec l’augmentation des cas de microcéphalie représente bien sûr une donne nouvelle à l’origine de l’inquiétude de l’ensemble de la communauté internationale. Cependant, les confirmations scientifiques ne sont pas encore parfaites. « Le lien entre Zika et microcéphalie est hautement probable mais, pour l’heure, il n’est pas encore prouvé au sens scientifique du terme », précise le directeur de l’Institut immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie à l’INSERM, le professeur Jean-François Delfraissy cité par France Télévision.

Sur le plan épidémiologique, les données ne sont pas très stables. Si le Brésil a rapporté 3 448 cas suspects, on ne sait encore combien de cas sont parfaitement confirmés et combien pourront être strictement reliés au virus Zika (en raison notamment du caractère souvent asymtomatique de l’infection et de la difficulté de réaliser systématiquement une analyse du liquide amniotique où le virus Zika a parfois pu être retrouvé).

Zika relance le débat sur l'avortement en Amérique du Sud

Néanmoins, en dépit de ces incertitudes, les pays d’Amérique du Sud observent avec effroi ce risque de complication, d’autant plus que la très grande majorité d’entre eux excluent l’avortement, même thérapeutique. Ainsi, au Brésil, il n’est autorisé qu’en cas de viol. Certains observateurs estiment que cette crise devrait relancer le débat autour de l’interruption de grossesse en Amérique du Sud, notamment sous la pression de l’augmentation des avortements clandestins qui ne manquera pas d’être rapportée. Les autorités s’y refusent, mais les recommandations de certains, et par exemple de la Colombie, de "différer" les projets de grossesse ont suscité une grande ironie, en raison de l'accès limité à la contraception.

Mais plutôt que de se pencher sur ces questions, les autorités préfèrent se concentrer sur la mobilisation contre les moustiques. Au Brésil, pays le plus touché et qui s’inquiète des conséquences de l’épidémie sur le tourisme à l’approche du Carnaval et tandis qu’il doit accueillir cet été les Jeux Olympiques 200 000 militaires et agents de santé ont été embauchés pour patrouiller dans l’ensemble du pays. L’inspection de toutes les habitations est programmée ! Néanmoins, le ministre de la Santé redoute que le Brésil ne soit en train d’accuser une « défaite cuisante » dans la guerre contre le moustique. De son côté, la présidente Dilma Rousseff a appelé à une réunion la semaine prochaine en Uruguay de tous les ministres de la santé de la région pour décider d’une stratégie commune.

http://www.invs.sante.fr/content/download/121467/428718/version/1/file/reperes_zika.pdf
http://www.invs.sante.fr/content/download/121447/428691/version/93/file/pe_zika_antilles_guyane_220116.pdf

Aurélie Haroche

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