Contention en psychiatrie : une enquête française

Toulouse, le vendredi 18 janvier 2019 - Trois psychiatres* du centre hospitalier Gérard Marchant en Haute-Garonne ont rendu publics les résultats d’une enquête sur la contention en psychiatrie, alors que les estimations du phénomène dans notre pays demeurent lacunaires.

La seule étude disponible jusqu’ici en France, réalisée aux urgences de St Anne à Paris estimait à 1,4 % la prévalence de l’usage de la contention mécanique.

« Le sujet de la contention en psychiatrie a longtemps été tabou. Il l'est de moins en moins, mais il fallait amener des données objectives et réfléchir à ce que renvoie la contention, aux patients et aux soignants » explique à la Dépêche du midi, l’un des investigateurs, le Dr Raphaël Carré, coordonnateur de ces travaux menés dans le cadre de la FERREPSY Occitanie (Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale).

2,5 % des patients hospitalisés en psychiatrie sont attachés

L'étude a été conduite entre novembre 2016 et novembre 2017 dans 11 établissements de santé en psychiatrie, essentiellement de l'ancienne région Midi-Pyrénées. Sur 13 321 patients adultes (l'étude excluait la pédopsychiatrie et la gérontopsychiatrie) admis dans ces services, 336 ont subi une contention mécanique (506 événements recensés), soit un taux de 2,5 %. Ce chiffre atteint 6,9 % des patients aux urgences psychiatriques. Le profil type du patient attaché est un homme âgé de 37 ans, hospitalisé sous contrainte, et présentant des symptômes délirants.
 
Sans surprise, les motifs de recours à la contention sont l'agitation, les menaces et la violence envers les autres et envers soi-même.

Ce que l’on sent quand on est attaché, ce que l’on ressent quand on attache

Ces travaux se complètent de deux volets qualitatifs.

Il ressort ainsi du vécu des patients en premier lieu un « sentiment d'impuissance, d'abandon, de déshumanisation » de « violence, de punition, de perte d'autonomie », mais parfois aussi « d'apaisement ».

Des 32 interrogatoires de soignants, il apparaît que les décisions de contention sont vécues avec « violence, sentiments d'échecs et de culpabilité », mais quelquefois aussi, de « soulagement »…

*Les Drs Raphael Carré, Samuel Porteau, Adeline Clenet

Xavier Bataille

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