Le drame de Lariboisière a fait réfléchir les chefs de services d’urgence

Paris, le jeudi 17 janvier 2019 – Dans une tribune publiée par Le Monde, quatorze chefs de service d’urgences de toute la France, tirent la sonnette d’alarme et proposent des mesures « précises » qui « visent à sécuriser rapidement un système qui ne tient que grâce à la bonne volonté de ses professionnels ».

Pour eux, le drame récemment vécu à l’hôpital Lariboisière peut « se répéter partout et à tout moment, car le gouffre se creuse entre les besoins et nos moyens ».

Ils soulignent ainsi que si « l’encombrement des services d’urgences (SU) n’était [auparavant] évoqué qu’au moment de la grippe ou de la canicule » désormais, les « services sont saturés en permanence. Or, cette saturation n’a pas qu’un effet sur le confort ou le délai d’attente : elle augmente considérablement le risque d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils rappellent en effet comme d’autres avant eux que le nombre de visites aux urgences a doublé en vingt ans et qu’il va continuer « à augmenter car la population grandit et vieillit, tandis que le nombre de médecins baisse ».

Dans ce contexte, ils appellent à un « grand plan en faveur des urgences, d’ampleur similaire à celui porté par Xavier Bertrand sous la pression de notre collègue Patrick Pelloux après la canicule de 2003 ».

Concernant l’accès aux urgences, les chefs de service signataires de la tribune demandent « que soit étudiée la possibilité de filtrer l’accès aux urgences », et relancent l’idée du numéro unique : « les patients ne pourraient plus s’y rendre sans avoir appelé une plate-forme téléphonique ou numérique de régulation médicale, issue des actuels SAMU-centres 15. Ces plates-formes guideraient les patients vers les structures adaptées à leur état : un professionnel de ville qui aurait donné ses disponibilités (…) une hospitalisation le lendemain, ou un SU, immédiatement ou de façon différée ».

Vers des nouveaux critères de certification

Par ailleurs, les praticiens insistent : « aucun service ne doit plus fonctionner dans des conditions inacceptables de sécurité, en personnel, locaux ou matériels ». Ils considèrent donc indispensable de fixer des normes, vérifiées par un processus de certification et de fermer les services qui ne sont pas en mesure d’y répondre. Une proposition qui ne ravira pas les partisans du maintien des hôpitaux de proximité…

Ils suggèrent également que cette certification prenne en compte « l’objectif zéro brancard : aucun patient des urgences ne devra passer la nuit sur un brancard dans un couloir. Les hôpitaux auront l’obligation de s’organiser pour prévoir un nombre suffisant de lits d’hospitalisation pour les patients venant de leur SU. La certification sanctionnera cette obligation de sécurité et de dignité ».

Cette amélioration des services devrait également s’accompagner d’une « exploitation massive du big data pour permettre des consultations plus sûres et personnalisées, rappel téléphonique des patients le lendemain de leur passage au service d’urgences pour s’assurer de leur état, information en temps réel des patients et de leurs familles, outils de prescription les plus modernes, prescriptions infirmières, possibilité de renvoi des patients avec reconvocation sur une plage horaire moins chargée, programmes de détection de la fatigue des soignants ».

Xavier Bataille

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