2017 : baptême du feu pour celles et ceux du gouvernement !

Paris, le mercredi 3 janvier 2018 – Les professionnels de santé sont préparés aux événements inattendus, aux complications imprévues, aux rebondissements. Ils sont si habitués à prendre en charge ces évènements pour améliorer le bien-être de leurs patients qu’il en faudrait bien plus que des péripéties électorales pour les déstabiliser. Ainsi, ont-ils accueilli les surprises de 2017 en sachant comme souvent s’adapter et pour la plupart, même si au fil des ans une certaine amertume a entamé l’optimisme de quelques-uns, en voulant croire aux bienfaits du changement. Les médecins n’avaient notamment pas fait initialement d’Emmanuel Macron leur champion, mais les hésitations confuses de François Fillon sur la couverture maladie et plus encore ses déboires judiciaires, eurent raison de leur confiance qui se reporta sur l’équipe d’En Marche. Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, il n’y avait chez les représentants de l’ensemble des professionnels de santé, des Ordres aux syndicats, en passant par les associations, plus aucune hésitation, tant la nécessité de marquer son rejet de Marine Le Pen était vive. Cette campagne particulière accoucha d’une équipe singulière, dont Agnès Buzyn, le nouveau ministre de la Santé, fut considérée comme l’un des éléments les plus intéressants. Il faut dire que les relations avec Marisol Touraine avaient été si difficiles que les professionnels étaient prêts à accueillir quasiment sans réserve n’importe quel successeur. Le fait d’être médecin et d’être réputée pour ses qualités d’écoute offrait des points supplémentaires à une novice en politique qui était attendue sur des sujets difficiles et à laquelle il a été peu reproché (mais tout de même un peu) ses liens « d’intérêt », notamment avec le patron de l’INSERM.. son époux.

Courage politique inattendu

Très critiquée quant à la nature de ses rapports avec les professionnels de santé, Marisol Touraine avait également déçu sur le terrain de la santé publique. En partant, elle laissait en friches des chantiers majeurs et notamment celui de la vaccination. Marisol Touraine avait bien pris la mesure de l’érosion de la confiance des Français dans la vaccination et avait pour mieux l’évaluer engagé une large concertation. Cette dernière avait cependant abouti à une recommandation qu’elle ne paraissait pas prête à endosser : l’élargissement de l’obligation vaccinale. Cette préconisation avait le mérite de mettre fin à des atermoiements multiples mais nécessitait de se heurter frontalement aux opposants. Pendant la campagne, l’équipe d’Emmanuel Macron ne semblait guère disposée à jouer ce rôle. Mais Agnès Buzyn créa la surprise : sans convoquer d’énième concertation, sans limites, elle annonça l’élargissement de l’obligation vaccinale qui depuis ce début d’année concerne, pour les enfants nés à partir du 1er janvier, onze vaccins. La méthode n’est pas totalement sans ambiguïté, puisque les sanctions sont exclues, si ce n’est cependant la menace, non négligeable, d’un refus d’inscription en collectivité. Cette détermination du gouvernement a donné lieu à des spectaculaires controverses, animées parfois par des spécialistes réputés, dont le prix Nobel de médecine Luc Montagnier.

Faire un tabac

La fermeté dont Agnès Buzyn et le gouvernement a su faire preuve face aux vaccins s’est également illustrée concernant le tabac. Là encore, le bilan de Marisol Touraine, outre la mise en place du paquet neutre et la création du Moi(s) sans tabac, s’est soldé par un échec : en cinq ans, la prévalence du tabac n’a pas reculé en France et notre pays voit un peu plus l’écart se creuser avec les bons élèves de la lutte contre le tabagisme, telle la Grande-Bretagne. Il faut dire que l’ancien ministre n’est jamais parvenu à se faire entendre face à Bercy afin de pouvoir utiliser de l’arme la plus efficace contre la cigarette : la flambée des prix. Agnès Buzyn ne connaîtra pas les mêmes difficultés : l’objectif de voir le paquet de cigarette atteindre 10 euros en 2020 est soutenu par l’ensemble du gouvernement et connaîtra plusieurs étapes dès cette année.

Poussée d’hormones !

Mais la vie de ministre n’est pas constituée que de décisions catégoriques, certes difficiles à prendre, mais simples à défendre. Elle est également jalonnée par des polémiques qui nécessitent une habileté diplomatique qu’Agnès Buzyn ne maitrisait peut-être pas parfaitement lors de son installation avenue de Ségur.  Ainsi 2017 a-t-elle été marquée par plusieurs pseudo scandales pharmaceutiques où les emballements médiatiques et judiciaires ont contribué à un accroissement profond de la défiance, sans réelle justification médicale. Outre les controverses stériles autour des implants Mirena et Essure, dont on n’a finalement pas pu mettre en évidence la dangerosité, l’affaire la plus emblématique est celle du Lévothyrox.

Le changement (trop ?) discret de formulation du médicament en mars entraîna en septembre une avalanche de signalement d’effets indésirables. Si les déséquilibres avaient été prévus par le laboratoire et les autorités chez les patients les plus instables au plan hormonal, le déficit d’information a contribué à créer parallèlement à ces cas bien réels un effet nocebo certain chez d’autres patients. La réponse gouvernementale n’arrangea rien en raison de ses flottements : après avoir catégoriquement affirmé que le retour à l’ancienne formule était exclu et avoir semblé nier les souffrances et les inquiétudes des malades, Agnès Buzyn dut reconnaître l’existence d’erreurs manifestes de communication et imposer la réintroduction du médicament précédent. Une décision qui a elle aussi entraîné son lot de contestations et de déceptions, qui sont encore marquées aujourd’hui. Dans cette affaire, la responsabilité la plus marquée n’incombe sans doute pas seulement au ministre mais aussi à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui à plusieurs reprises cette année (par exemple dans l’affaire du Docétaxel) a vu se confirmer l’extrême complexité de la gestion des signalements particuliers et son incapacité à assumer totalement cette complexité.

A l’école du pouvoir

Ce baptême du feu fut âpre pour Agnès Buzyn, également confrontée à la crise sanitaire de la Guyane ou provoquée par Irma dans les Antilles. L’ancienne présidente de l’INCA n’a cependant rien à envier à plusieurs de ses collègues du gouvernement. Au secrétariat d’État à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa a dû prendre des cours accélérés de statistiques après avoir essuyé de légitimes critiques quand elle n’hésita pas à utiliser les chiffres glanés sur un blog pour évoquer la fréquence de l’épisiotomie ! Croyant dénoncer une "violence obstétricale", Marlène Shiappa dut admettre que cette pratique est en réalité aujourd’hui en recul. Cela n’a pas empêché une polémique confuse de s’emparer des médias où ont été confondues les critiques contre une prétendue surmédicalisation de la naissance et une dénonciation de la persistance d’attitudes patriarcales dans les services d’obstétrique.

De même, Nicolas Hulot a fait avec le glyphosate l’expérience de ce que certains appelleraient la "real politique". Le ministre de l’Écologie qui avait pris la tête des opposants européens au renouvellement de l’autorisation du désherbant a découvert les règles de la démocratie européenne quand une majorité se dégagea finalement en faveur d’une reconduction du brevet du produit, dont la dangerosité a été mise en doute par une très large étude américaine, qui n’a cependant pas forcément été l’objet de la même publicité médiatique que les dénonciations formulées contre l’herbicide.

Au programme (ou pas) de 2018

Après ses premiers mois Avenue du Ségur et grâce à l’observation des difficultés de ses collègues, Agnès Buzyn a sans doute compris qu’aucun dossier ne pouvait être considéré comme clos. Ainsi, si elle a signé le décret faisant de Nutriscore le système officiel d’information sur la qualité nutritionnelle des aliments, elle sait que l’année 2018 devra encore être consacrée à l’amélioration de l’alimentation de nos concitoyens. De même, seule ou en collaboration avec d’autres membres du gouvernement, l’attendent des sujets complexes tels que la refonte de la psychiatrie qui a encore donné en 2017 de nombreux signes d’agonie, la inquiétants, de la consommation de cannabis qui devra être accompagnée de mesures de santé publique majeures, des clarifications concernant l’utilisation du baclofène dans le sevrage alcoolique et éventuellement de nouvelles recommandations pour la reconnaissance des personnes nées intersexes plusieurs fois évoquée au cours de cette année.

Certains sujets pourraient cependant ne plus faire la une en 2018 après avoir beaucoup agité les médias ces derniers mois. Après l’adoption mouvementée et controversée de dispositions créant un délit d’entrave numérique à l’IVG qui a fait couler beaucoup d’encre, considéré par les uns comme indispensable pour lutter à armes égales contre les groupes anti avortement et par d’autres comme dangereux eu égard à la liberté d’expression, le sujet ne devrait plus être évoqué prochainement. De même, en dépit de nouveaux cas assez largement médiatisés de difficultés d’application de la loi Leonetti, quand s’installe une opposition entre la famille et les équipes médicales, le nouveau gouvernement n’a pour l’heure pas l’intention de se pencher sur les dispositions concernant l’accompagnement des personnes en fin de vie.

L’année n’en promet pas moins d’être riche en discussions passionnées, une fois encore ne serait-ce qu'autour de la PMA pour les couples de femmes, la GPA et plus généralement , la loi de bioéthique. 

Aurélie Haroche

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