A la faculté de médecine de Montréal, on forme (aussi) à l’humanisme

Paris, le lundi 16 avril 2018 - Les facultés de médecine du Canada anglais ont depuis plusieurs décennies déjà intégré en leur sein des représentants des sciences humaines et sociales pour coordonner des programmes d’humanités médicales (medical humanities) destinés à étoffer la formation des futurs médecins. L’objectif, résume Alexandre Klein, historien et philosophe des sciences à l’Université Laval (Québec) qui s’est exprimé sur ces questions le 22 mars dans les colonnes du quotidien Le Devoir, est de « former des médecins à porter un regard différent sur leurs valeurs et leur pratique » et « leur permettre d’être, à terme, plus ouverts sur la société à laquelle ils participent, plus à l’écoute de leurs patientes et patients, et plus engagés dans une prise en charge interprofessionnelle de la santé ».

Selon lui, « cette ouverture au dialogue interdisciplinaire et aux enjeux sociaux, culturels et politiques qu’impliquent les humanités médicales remet en question le fonctionnement traditionnel, historiquement monopolistique et corporatiste du corps médical et de sa formation ». Aux États-Unis, les programmes dits de medical humanities sont d’ailleurs en train de devenir un enjeu concurrentiel entre les différentes facultés de médecine qui mettent de plus en plus l’accent sur ce volet de la formation pour attirer une nouvelle génération d’étudiants et de chercheurs qui souhaitent désormais se départir d’un enseignement uniquement technico-scientifique.

Des patients enseignants

Dans le sillon de ce qu’ont développé ces universités, la faculté de médecine de Montréal fait aujourd’hui figure de pionnière parmi ses homologues francophones. Sa doyenne, le docteur Hélène Boisjoly, cite à titre d’exemple des initiatives prises dernièrement par la Direction collaboration et partenariat patient qui coordonne l’intervention de 200 patients formateurs « qui participent à la formation des médecins, précisément dans des dimensions tels l’accompagnement et l’écoute des personnes souffrantes ». Le Dr Boisjoly précise également que ces formateurs qui ont « de vrais problèmes de santé » souffrent de pathologies aussi diverses que des cancers ou des troubles autistiques et présentent donc des problématiques de prise en charge extrêmement différentes.

Le cours de médecine comporte aussi une série de formations dispensées par le Bureau de l’éthique clinique qui vise entre autres à instaurer une culture de communication et de dialogue « pour préparer les médecins et autres professionnels de la santé à travailler en partenariat ». Le programme de médecine de la faculté de Montréal est aujourd’hui structuré pour que « les médecins en devenir développent leurs connaissances biomédicales tout en approfondissant leur compréhension de la condition humaine », résume le Dr Boisjoly qui souhaite avant tout que l’université forme « des acteurs engagés envers leurs patients, leurs collègues des autres professions du domaine de la santé et des services sociaux, les familles et la communauté dans son sens le plus large ».

Benoît Thelliez

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