Année professionnelle : satisfaction...et en même temps déception

Paris, le mardi 2 janvier 2018 – A l’instar des autres Français et peut-être plus encore pour certains, les professionnels de santé ont accueilli 2017 comme une promesse de changement. Les tensions entre l’ensemble des soignants et l’équipe de Marisol Touraine, ministre de la Santé qui en dépit de son impopularité exceptionnelle a connu une longévité également exceptionnelle, avaient en effet atteint un point de non-retour. Le gouvernement sortant aurait pu espérer que les revalorisations des tarifs des médecins libéraux intervenues le 1er mai lui permettent de corriger quelque peu le souvenir laissé aux praticiens, mais l’attente avait été trop longue et les combats trop âpres, tandis que l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs fut entachée de multiples dysfonctionnements informatiques ubuesques.

Ne peut forcément que mieux faire

Ainsi, après quelques mois de trépignements, l’année 2017 commença symboliquement avec l’arrivée en mai au ministère de la Santé d’Agnès Buzyn. Professeur de médecine, l’ancienne directrice de l’Institut national du cancer (INCA) et de la Haute autorité de santé (HAS) fit quasiment l’unanimité lors de son arrivée. Avec ironie, beaucoup soulignaient qu’après la rupture provoquée par Marisol Touraine entre les pouvoirs publics et les professionnels de santé, Agnès Buzyn ne pouvait être accueillie qu’avec faveur. Mais la bienveillance à l’égard de la nouvelle locataire de l’Avenue de Ségur n’était pas uniquement nourrie en creux par comparaison avec son prédécesseur, ses qualités, notamment d’écoute, furent rapidement saluées. Cependant, sa carrière hospitalière créa chez quelques-uns, notamment la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) une légère réticence.

Tiers payant : frissons et résolution (provisoire) in extremis

Celle-ci fut bien vite confortée face aux imprécisions persistantes et répétées du ministre concernant la généralisation du tiers payant, qui avait cristallisé les tensions entre l’équipe précédente et les professionnels de santé libéraux. Au fur et à mesure des déclarations du nouveau ministre, le flou se renforçait et les inquiétudes progressaient. Les syndicats voyaient se dessiner le spectre d’une confirmation de la généralisation du tiers payant, alors que le ministre ne cessait de répéter son adhésion de principe à ce dispositif. Les probables dissensions au sein du gouvernement sur le sujet ne semblaient qu’accroître le flottement. Mais finalement, lors de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale, la généralisation du tiers payant était officiellement abrogée, même si le texte précise que le gouvernement se doit de poursuivre les travaux engagés, afin que les professionnels de santé puissent se convertir d’eux-mêmes à ce système qu’ils ont pour l’heure toujours rejeté tant pour des raisons pratiques que philosophiques.

Souffrance des soignants : le temps de l’action

Attendue sur le tiers payant, le ministre de la Santé l’était également concernant la prise en charge de la souffrance des soignants, sujet qui avait été au cœur de nombreuses manifestations et prises de position au cours de l’année 2016. A de nombreux égards, 2017 s’inscrivit dans la continuité des mois précédents, marquée par son lot de suicides. Néanmoins, l’heure fut également à l’action, avec la mise en place de plusieurs numéros d’appel et le développement, notamment par l’association Soins aux professionnels de santé, de réseaux de prise en charge dédiés. Par ailleurs, sur ce sujet, le ministre de la Santé s’est fait remarquer par un discours sans nuance vis-à-vis de la nécessité de sanctionner les responsables de harcèlement.

L’hôpital public bascule

Beaucoup restent cependant à faire, en particulier à l’hôpital, dont les souffrances ne se résument pas à celles qui touchent ceux qui y exercent. L’année 2017 a été jalonnée par de multiples conflits et par des alertes répétées de praticiens hospitaliers. Ainsi, en février, 166 psychiatres et médecins du Centre hospitalier le Vinatier (Bron) prenaient la plume pour exprimer leur « très grande inquiétude sur l’avenir des missions de la psychiatrie publique », tandis que début septembre 360 praticiens de l’Isère, du Rhône, de Savoie et de Haute-Savoie leur faisaient écho en évoquant la dégradation constante du service hospitalier. Il y a quelques semaines, c’était au tour des médecins des hôpitaux de Marseille de faire état de leurs plus grandes craintes, tandis que la Fédération hospitalière de France (FHF) a fini par elle-même sonner l’alerte. Il faut dire qu’une année débutée par une nouvelle diminution des tarifs (de 0,9 % après 1 % en 2016) était nécessairement placée sous de mauvais auspices. Sur ce terrain, après avoir estimé que le système actuel était à bout de souffle et nécessite une refonte en profondeur, Agnès Buzyn est toujours très attendue.

Télémédecine : enfin reconnue par l’Assurance maladie

Outre le sauvetage de l’hôpital public, des sujets sont multiples et connaissent un degré d’urgence similaire. La nécessaire réponse aux déserts médicaux a ainsi encore constitué en 2017 une préoccupation prégnante, tandis que des chiffres publiés en mai par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) ont confirmé de sombres prévisions si la politique de régulation demeurait échangée. En 2027, on devrait ainsi compter 24 % de libéraux exclusifs (hors remplaçants) et 8 % de libéraux mixtes (hors remplaçants) en moins par rapport à 2012. Parmi les pistes privilégiées par l’équipe en place, férue de nouvelles technologies, figure le développement de la télémédecine. En la matière, la situation tend à se débloquer avec la création il y a quelques mois de deux premiers actes de télémédecine. Il faut dire que face à la concurrence des complémentaires santé qui sont de plus en plus nombreuses à proposer des services de téléconsultation, services observés avec sévérité par l’Ordre des médecins, la mise en place d’une organisation structurée s’impose.

Fin du RSI : le saut dans l’inconnu

D’autres dossiers attendent encore le ministre, comme la refonte du Développement personnel continu (DPC) dont le fiasco s’est poursuivi en 2017 et la disparition annoncée du Régime social des indépendants (RSI). En la matière, les annonces complexes et confuses du gouvernement autour de la compensation de la hausse de la CSG auront été perçues comme de mauvais augure quant à l’évolution du régime social des indépendants. Face à ces nombreuses batailles à venir, de nouvelles forces se constituent chez les médecins libéraux, avec en 2017 l’avènement remarqué (mais peu surprenant) d’un nouveau syndicat : l’Union française pour une médecine libre (UFML).

Négociations : impasses en cascade

Année de transition pour les médecins libéraux qui ont vu en 2017 les premières applications de leur nouvelle convention adoptée en 2016 (notamment la création de plusieurs consultations complexes), l’année qui vient de s’écouler a été pour les autres professionnels de santé celle des négociations et de négociations souvent décevantes.

Les pharmaciens n’ont ainsi pas pu s’entendre sur le renouvellement de leur convention, tandis que les dentistes se sont vus appliquer un règlement arbitral qu’ils considèrent comme totalement injuste. Enfin, les discussions entre les infirmières et l’Assurance maladie se sont soldées par une impasse : les sujets les plus cruciaux, concernant notamment les revalorisations tarifaires, ont été renvoyés à plus tard.

Les étudiants montent au front

Enfin, on ne peut achever cette courte rétrospective des évolutions professionnelles des soignants, sans évoquer les inquiétudes des étudiants et internes. Les premiers ont une nouvelle fois redouté de faire l’objet d’un tirage au sort au moment de l’inscription en première année de médecine, avant que le projet d’une réforme de l’université ne balaie enfin cette crainte mais suscite d’autres critiques.

Chez les internes, c’est la réforme du troisième cycle des études de médicales qui a provoqué de nombreuses crispations. La mobilisation s’est principalement essoufflée en raison du changement de gouvernement, mais de nombreux sujets de tensions sur la constitution de certaines "maquettes" demeurent. Les internes sont également déterminés à voir les mentalités évoluer en ce qui concerne le harcèlement sexiste pendant les études de médecine. Voilà qui promet pour 2018 des sujets très nombreux de discussions et de polémiques.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Commencer par supprimer les ARS

    Le 02 janvier 2018

    6 h d'attentes aux urgences est fréquent, trouver un medecin généraliste référent devient mission impossible, les personnes agées démunies , rdv au bout de trois jours à quatre jours quand les patients sont malades.
    Et la ministre s'occupe de vouloir imposer des vaccinations obligatoires !
    Des études de médecine délirantes en dehors des réalités.
    Oui y'a du boulot madame la ministre mais il faut savoir lister les actions les plus urgentes à mener. Et commencer par supprimer les ARS, cela coûte cher et nous embrouillent.

    Dr Jean-Claude Plessier

  • Urgence hopitaux publics

    Le 06 janvier 2018

    J'ai vu des photos de l'hopital de Bourg Saint Maurice par une amie qui a eu sa fille hospitalisée là bas pour une fracture du tibia...ça fait peur ! Dommage que je ne puisse les partager ici.
    L'état de délabrement des chambres est inquiétant...

    Dr Florence Wojcik

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